LE HANGAR D UNE VEUVE
paysan, nommé Danilo, maigre et émacié, dirigeait les travaux et donnait des ordres sans nulle gêne. Cette nouvelle besogne plaisait à Tolstoï; avec un plaisir visible, il sciait les poutres, faisait des entailles à la hachepour des chevrons, taillait des chevilles. Il lit preuve d'adresse et de force lorsqu'on procéda à la pose du faîte, en maniant et en élevant de lourdes solives. Tolstoï plaçait un toit pour la première fois de sa vie et il mettait à ce travail le même amour qu'à la construction d'un poêle, à l'autre extrémité du village.
Tant que nous fûmes à lasnaïa-Poliana, Tolstoï s'en allait chaque jour au village, travailler au hangar de la veuve et ne rentrait que tard chez lui. Il besognait sans se lasser : plus d'une fois Danilo répéta avec un plaisir sincère : — « Voyez-vous comme il s'en donne, le grand-père ! Et il n'est pas éreinté ! » Ceux qui avaient besoin de voir le maître se rendaient au village et lui parlaient, tout en l'aidant ou simplement assis sur des poutres, non loin du fumier. ^ ers cinq
heures, au moment du repos, si Tolstoï ne rentrait pas chez lui, on se rendait à la chaumière voisine, et Ton se régalait de pain et de kvas, en s'entre tenant de choses et d'autres.