TOLSTOÏ ET GORKY
Au printemps 1901, Tolstoï reçut à Moscou Maxime Gorky qui venait lui rendre visite en compagnie de quelques amis. On parla des œuvres du jeune maître.
— Avez-vous lu, comte, mon roman Thomas Gordélef? demanda Gorky.
— J'ai commencé à le lire, mais je ne l'ai pas terminé. Pardonnez-moi. Ce roman ne me plaît pas. Mais jai lu une de vos nouvelles : La Foire à Goltwa qui, par contre, m'a enchanté. Tout y est simple et vrai. Je l'ai lue et relue.
Gorky eut un geste de surprise, Thomas Gordélef, sa première grande œuvre, lui
paraissait une de ses meilleures, tandis que la nouvelle dont parlait Tolstoï lui semblait insignifiante.
La Foire à Goltwa rappelait Gogol à Tolstoï.
— Qu'est devenue notre humour nationale ? s'écria le comte. Combien il y en avait chez Gogol et combien on en trouve peu chez nos écrivains contemporains ! Seul, Tchirikof en conserve encore parfois des traces. J'ai lu avec plaisir sa nouvelle: Aa Creux des Montagnes.
— Mais c'est une simple anecdote! s'exclama Gorky étonné.
— Qu'importe! reparfit le comte. La Calèche de Gogol est aussi une simple anecdote. Et cependant on la lira encore quand vous et moi ne serons plus de ce monde.
Gorky se lut. La conversation roula ensuite sur les écrivains étrangers. Tolstoï parla peu favorablement d'Ibsen. Il trouvait ridicule sa Dame de la Mer. Par contre, il admirait sans réserve Maupassant, l'appelait un des plus grands peintres de la vie.