‹ Tolstoï intimeChapitre 29 sur 44 · EN RENTRANT LE REGAIN · texte numérisé non relu

EN RENTRANT LE REGAIN

Muni d'une fourche, Tolstoï se tenait un après-midi de septembre 1901 au milieu de ses disciples qui rentraient le regain d'un pré situé non loin du jardin. Ses compagnons lui apportaient des brassées de foin odorant, mêlé de fleurs et de trèfle, quil jetait sur le tas, d'un mouvement agile du buste.

Parfois, lorsqu'il avait ramassé la dernière brassée avant qu'on ne lui en rapportât une autre, il redressait sa haute taille et disait d'un ton triomphant :

— Je vais plus vite que vous! que faitesvous donc.^

La meule achevée, Tolstoï en égalisa les

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côtés avec un râteau. Le soleil allait se coucher et les disciples, hommes et femmes, se hâtaient d'élever la dernière meule.

— Courage! leur cria Tolstoï. On ne doit pas, d'après les vieux, travailler après le coucher du soleil.

Quand la hesogne fut entièrement terminée, le comte poussa un soupir de soulagement. Ses compagnons l'entourèrent, et après avoir secoué les brindilles de foin dont leurs vêlements étaient parsemés, ils s'assirent autour de la meule.

L'un d'eux demanda subitement :

— Maître, ne croyez-vous pas que le mal est nécessaire i'Lhommcserail il s'il n'existait pas?

— Belle pensée! répondit Tolstoï avec animation, mais elle est erronée. L'homme est né du bien et non du mal. Je feuilletais ces jours derniers un recueil d'anciennes légendes et j'en ai lu quelques-unes avec enthousiasme. En voici une qui selon moi résout la question qui nous occupe :

« Dieu, s'ctant reposé de ses multiples

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