‹ Tolstoï intimeChapitre 39 sur 44 · LES BIENFAITS DE TOLSTOÏ · texte numérisé non relu

LES BIENFAITS DE TOLSTOÏ

<( Au printemps 1906, nous raconte un médecin de nos amis, nous nous installâmes, ma famille et moi, à quatre kilomètres de lasnaïa-Poliana, dans une ferme appartenant à M""" Tatiana Soukliotina. Nous avions pour voisine une aimable vieille femme M™° Sch... qui descendait de la famille seigneuriale du lieu. Alors qu'elle était maîtresse d'école, la lecture des œuvres de Tolstoï l'avait bouleversée. Elle avait renoncé subitement à son existence iacile pour vivre de la dure vie du moujik. Littéralement, elle gagne son pain à la sueur de son front.

M"' Sch... habite une chaumière minus-

cule, près de la ferme; deux vaches et un jardin potager lui fournissent sa nourriture. En été, certains membres de sa famille viennent villégiaturer dans les environs, mais tout l'hiver la vieille dame reste seule avec son ouvrière et son malheureux chien Ghavotchka. La pauvre bcle, qui eut les deux pattes de devant gelées, lui est tellement attachée qu'elle refuse de manger et se couche sur la route lorsque M'"" Sch... se rend à lasnaïa-PoUana. Elle attend ainsi son retour pendant plusieurs heures, la tête tournée du côté où sa maîtresse doit réapparaître.

Les paysans de l'endroit ne comprennent ni M"'* Sch. . . ni la mission qu'elle a assumée, car la plupart sont corrompus par le voisinage de la ville et les gains faciles que leur procurent les hôtes d'été des villas, mais la vieille dame ne souffre pas de cette incompréhension.

— Ah! que je suis heureuse, répétait-elle souvent! Ce coin de terre est pour moi le paradis.

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