‹ Tolstoï intimeChapitre 7 sur 44 · LES TEMPÉRANTS · texte numérisé non relu

LES TEMPÉRANTS

— Les pipes aussi.

Dans la fosse tombaient des cigarettes, des cigares, des demi-quarts et des quarts de tabac, des tuyaux de pipe, des porte-cigares en bois de rosier ou de cerisier, vrais produits de la campagne. Tout cela en telle quantité qu'on aurait pu en emplir une boutique entière.

Alors, au bord de la fosse s ajîprocha un beau gars, il tira de sa poche une superbe blague à tabac en soie, garnie de franges, peut-être quelque cadeau d'une fille aimée, et en jeta le contenu dans le trou.

11 allait remettre l'objet dans sa poche, quand les assistants se mirent à hurler, saisirent la bourse, et l'ayant déchirée en menus morceaux, la jetèrent dans la fosse.

Les signataires quittèrent peu à peu la table, tête basse, et Léon Nicolaïéwitch s'en alla content, après leur avoir souhaité beaucoup de force de caractère pour tenir la promesse donnée.

En route, l'olsloï rencontra son ami Pierre Osipof et lui raconta ce qui c'était passé à la réunion.

— Ils ne tiendront pas leur promesse, Léon Nicolaïéwitch, aussi vrai que je suis le pctit-fils du comte Danilewsky.

Pierre Osipof avait raison.

Les paysans ne surent pas résister à la tentation, et l'un après l'autre manquèrent à leurs engagements.

On recommença à fumer.

Quand le comte traversait le village, tout le monde pensait : « Voilà qu'il nous surveille déjà. )) Et l'on jetait les cigarettes.

Tolstoï établit en clTet une surveillance et passa chaque soir sous les fenêtres du village. 11 put voir alors, avec tristesse, les paysans fumer tranquillement leur tabac et boire de Teau-de-vie et de la bière.

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