‹ TolstoïChapitre 26 sur 28 · LA CRISE MORALE · texte numérisé non relu

LA CRISE MORALE

A la Comtesse A. Tolstoï.

Fin mars 1876.

Hélas ! c'est vrai que je me suis trompé avec mes lettres. Celle qui vous est parvenue était destinée à Ouroussov, et celle que je lui ai envoyée était pour vous. Je viens de lui écrire pour lui demander de mettre votre adresse sur la lettre qu'il a reçue et de vous la renvoyer, et je vous prie, avec mille excuses, d'en faire de même et à cette adresse: Prince S. S. Ouroussov, Possade Troïtzo- Serguievsky, village Spasskoïé.

Serge Semionovitch Ouroussov est un de mes amis du temps de Sébastopol ; nous nous aimons beaucoup. Il est étrange que la lettre dans laquelle je lui parlais démon désir de croire soit justement tombée chez vous.

Ma dernière conversation avec lui était la suivante : Il était chez moi et je lui lisais ma dernière œuvre philosophique. J'y parle de la foi et, entre autres choses, de la répulsion que j'éprouvais quand on cherchait à me convertir, à m'expliquerla religion. Plus on m'expliquait, plus cela me devenait obscur. Il en a été probablement frappé et il m'a écrit une belle lettre dans laquelle il me disait que

Dieu l'avait puni pour sa présomption de vouloir m'expliquer la religion et que jamais plus il ne chercherait à réfuter mes arguments ; mais il me priait de lui décrire quand même mon état d'âme. Et je lui ai écrit, surtout après mon entretien avec Alexandre Pavlovitch Bobrinsky (1) qui m'a beaucoup frappé par sa foi ardente et sincère ; jamais personne ne m'a mieux parlé de la foi. Il est irréfutable, parce qu'il ne cherche pas à prouver ; il dit simplement qu'il croit, qu'il sent, qu'il est plus heureux que ceux qui n'ont pas sa croyance, surtout que ce bonheur de la foi ne peut s'acquérir par la raison, mais par miracle. C'est justement ce que je désire, c'est ce que j'ai écrit à Ouroussov, et je suis très heureux que cette lettre soit tombée entre vos mains.

Vous connaissez sans doute Redstock ? (2) Quelle impression vous a-t-il produite ?

Je vous remercie des prières que vous faites pour moi. Bien que je ne puisse croire à l'effet d'une prière, j'en suis quand même content, parce que cela me prouve votre attachement et, malgré mon incrédulité, je ne puis dire qu'elles soient sûrement inutiles. Et c'est peut-être vrai. En tout cas, je sais que plus je penserai, moins je croirai, et que si j'arrive à croire, ce sera par miracle. C'est pour cela que je vous supplie de ne pas chercher à me convaincre. Ce qui est certain, c'est que je pense toujours -aux questions ayant trait au sens de la vie et de la mort,

(1) Comte A. P. Bobrinsky, châtelain du voisinage, qui, par la suite, ne suivit pas Tolstoï, quand celui-ci se sépara de l'Eglise.

(2) Lord G.-W. Redstock, sous l'influence de la propagande duquel s'est formée en Russie une secte religieuse, dénommée les Paschkovtzi, du nom de son plus ardent partisan : Paschkov. Les membres de cette secte, plus tard dissoute par les autorités russes, se recrutaient surtout dans la haute société de Saint-Pétersbourg et de Moscou.

et j'y pense de la façon la plus sérieuse. C'est de toute mon âme que je désire la solution de ces questions qui me tourmentent; et je ne la trouve pas dans la philosophie, c'est également indiscutable, mais que je puisse un jour acquérir la foi, cela me semble impossible.

Avez-vous lu la vie de Pascal ? Biaise Pascal et ses Pensées ? Quel livre et quelle vie admirables ! Je ne connais rien de meilleur.

Je baise votre main. Je n'ai pas écrit, dans l'autre lettre, que je baise votre main, et c'est pourquoi Ouroussov, comme vous, pouvait douter si la lettre était bien pour lui.

Avril 1876.

Ce n'est pas en vain, chère amie Alexandrine, que je vous ai écrit et que j'ai provoqué la reprise de notre correspondance. Mon erreur de lettre m'a servi : quelles excellentes lettres j'ai reçues de vous, la dernière surtout ! Je n'avais nulle envie de vous reprocher votre désir de me convaincre ou de me convertir ; je vous ai écrit seulement pour vous taquiner : ne cherchez pas à me convaincre, parce que dans ces argumentations je rencontre souvent une fausse note et, à en juger d'après votre dernière lettre, je vois que vous sentez cette fausse note et que vous la sentez mieux que moi.

Mon avertissement était inutile, j'en conviens ; mais je reconnais aussi que je l'ai écrit (ainsi que je vous l'ai déjà dit) pour vous provoquer dans une question qui m'importe beaucoup, beaucoup, en ce moment, et pour .Laquelle j'ai toujours compté sur votre aide.

Comme vous m'avez bien dépeint Redstock ! Sans voir

l'original, je trouve que son portrait est ressemblant jusqu'au ridicule. Je suis heureux que vous connaissiez Pascal. Je le croyais déjà tellement oublié qu'on pouvait le découvrir.

Malheureusement, je ne puis m'occuper, en ce moment, d'autre chose que de mon roman. Je sens qu'avec le printemps, il me faut toute ma présence d'esprit pour m'occuper d'un travail aussi vain et je crains de ne pouvoir terminer avant l'hiver prochain (1).

Pendant l'été, je m'occuperai de mes travaux [philosophiques et religieux que je n'écris pas pour l'impression, mais pour moi (2).

J'ai été heureux de connaître votre opinion (si elle est telle que je l'ai comprise) d'après laquelle la conversion est rarement instantanée et qu'il faut, pour y aboutir, passer par des peines et des souffrances. J'en suis heureux, parce que j'ai passé moi-même par un long travail intérieur et douloureux ; je sais, au fond de mon âme, que ces peines et ces souffrances sont le meilleur de ce que j'ai •éprouvé dans ma vie etqu'elles doivent recevoir leur récompense, sinon dans l'apaisement de la foi, du moins dans la conscience du prix de ces peines. Quant à la théorie de la grâce qui descend sur l'homme aux Clubs anglais, ou à une assemblée d'actionnaires, elle m'a toujours semblé non seulement stupide, mais encore immorale.

Vous dites que vous ne savez pas en quoi je crois. C'est étrange et effrayant de le dire : je ne crois à rien, à rien

(1) Toujours Anna Karénine.

(2) C'est une allusion évidente au changement dans les idées de Tolstoï qui va bientôt amener sa crise morale et se manifester par la rédaction, en 1879, de sa Confession. Les écrits philosophiques et religieux dont parle Tolstoï dans cette lettre lui servirent sans doute de premiers éléments à sa Confession.

de ce que nous enseigne la religion, et en même temps, non seulement je hais, mais encore je méprise l'incroyance. Je ne vois aucune possibilité de vivre sans croyance et encore moins de mourir.

Je me forge petit à petit mes propres croyances, et bien qu'elles soient fermes, elles sont peu nettes et peu consolantes. Quand la raison interroge, elles lui répondent bien ; mais quand le cœur souffre et demande une réponse, il ne reçoit d'elles ni soutien ni consolation. Les exigences de ma raison et les réponses données par la religion chrétienne pourraient être comparées à deux mains qui cherchent à se joindre, mais dont les doigts les empêchent de se croiser. Je le désire, mais plus je m'efforce, plus ça va mal. Pourtant, je sais que cela est possible, je sais qu'une chose est faite pour l'autre.

Je ne voulais rien dire, et voilà que je me suis laissé entraîner à parler de moi. Je vous supplie, faites comme moi, c'est-à-dire, parlez plutôt de vous que de moi.

Je baise votre main.

CXHI

A Slrakhov.

Yasnaïa Poliana, 26 avril 1876.

Nos lettres se sont croisées, cher Nicolas Nicolaïevitch ; je venais à peine de répondre à votre lettre philosophique que je recevais votre si agréable réponse à la mienne.

Vous me demandez si vous comprenez bien mon

roman (1) et ce que je pense de vos réflexions. Certes, vous le comprenez ; certes, je suis heureux de ce que vous me comprenez, mais tout le monde n'est pas obligé de comprendre comme vous. Peut-être n'êtes-vous qu'un expert en ces choses, comme moi, comme nos amateurs de pigeons de Toula. Il est une certaine race de pigeons qu'ils apprécient hautement ; il reste à savoir si les qualités de cette race sont réelles. En outre, vous savez que nous autres écrivains nous passons, souvent sans transition, de l'abattement et de l'humilité à un orgueil incommensurable. Je le dis à propos de votre jugement sur mon roman qui est juste, mais pas entièrement, ou plutôt tout y est juste, mais ce que vous avez dit n'exprime pas tout ce que je voulais dire. Par exemple, vous parlez de deux catégories d'hommes. Je le sens, je le sais, mais ce n'est pas cela que j'avais en vue ; pourtant, quand vous le dites, je sais que c'est là une des vérités qu'on peut exprimer. Si donc j'avais voulu exprimer en paroles tout ce que j'avais en vue d'exprimer par mon roman, j'aurais dû écrire le roman que j'avais écrit primitivement. Et si les critiques savent déjà et peuventécrire dans leurs feuilletons ce que je voulais dire; je les en félicite et je puis leur assurer qu'ils en savent plus long que moi. Je vous suis bien, bien reconnaissant.

Quand j'ai relu mon humble et mélancolique lettre, je compris qu'à vrai dire, je cherche des louanges, et vous me les avez envoyées. Bien que vos éloges soient d'un expert, je sais qu'ils sont sincères et c'est pourquoi ils me sont chers.

Le fait de m'être trompé dans la description de la cérémonie du mariage me vexe beaucoup et cela d'autant plus

" (I) Anna Karénine.

que j'aime ce chapitre. Je crains d'en commettre d'autres dans la spécialité à laquelle je touche au cours du fragment qui paraît dans la livraison d'avril (1).

Vous avez raison de dire que Guerre et Paix grandit à mes yeux. Cela me frappe étrangement quand quelqu'un me rappelle certaines pages de ce roman, comme l'a fait Istomine (il viendra vous voir) ; mais, chose singulière ! je ne me souviens que de peu d'endroits : le reste du texte m'échappe.

Si les critiques à courte vue croient que j'ai voulu décrire uniquement ce qui me plaisait, notamment comment dîne Oblonsky ou comment sont faites les épaules de Karénina, ils se trompent fort. Dans tout ce que j'ai écrit, presque clans tout, j'avais été guidé par le besoin de rassembler les pensées enchaînées entre elles en vue de leur expression ; mais chaque pensée, exprimée isolément en paroles, perd son sens, s'affaisse quand on l'extrait de l'enchaînement. Quant à l'enchaînement, il est formé non par la pensée (je le crois du moins), mais par quelque chose d'autre, et l'on ne saurait exprimer la base de cet enchaînement directement par des paroles, mais seulement indirectement, en décrivant des images, des actes, des situations. Vous savez tout cela mieux que moi. Mais j'en fus préoccupé ces derniers temps. L'une des preuves évidentes pour moi de ce que je dis fut le suicide de Vronsky que vous avez trouvé bien. Cela ne m'apparut jamais aussi nettement. Le chapitre décrivant la façon dont Vronsky a joué son rôle après son entrevue avec le mari, a été depuis longtemps rédigé par moi. Je me mis aie corriger, quand soudain, d'une façon tout à fait imprévue pour moi, mais sans hésitation, je vis

(1) Anna Karénine.

Vronsky se tirer une balle. Maintenant il se trouve que ce fut une nécessité organique pour la suite. Voilà pourquoi un esprit aussi charmant et averti que celui de Grégoriev (1) me séduit peu ; il est vrai que si la critique n'existait pas, des hommes comme Grégoriev et vous qui comprennent l'art seraient inutiles. Par contre, quand les neuf dixièmes de tout ce qui s'imprime aujourd'hui est de la critique d'art, des hommes sont nécessaires pour montrer le non-sens de la recherche des pensées isolées dans une œuvre d'art et pour guider constamment le lecteur dans le labyrinthe infini des enchaînements, qui sont précisément l'essence même de l'art, et pour indiquer les lois qui sont la base de ces enchaînements.

Je vous ai écrit cette lettre il y a déjà plusieurs jours, mais je ne voulais pas l'envoyer. La vanité flattée de l'auteur en déborde trop. Mais ayant écrit tout à l'heure sept lettres, je n'ai plus le courage d'en écrire une nouvelle et je me décide à envoyer celle-ci. On ne cache pas une aiguille dans un sac (2) et vous me connaissez trop bien.

A Fett.

29 avril 1876.

J'ai reçu votre lettre, mon cher Afanassy Afanassiévitch. Par cette lettre et par les conversations que ma femme a <eues avec Maria Pétrovna et qu'elle m'a rapportées, par

(1) Le critique.

(?) Proverbe russe.

celte phrase : « Je voulais vous faire venir pour que vous voyez comment j e vais m'en aller » , que vous écrivez dans une de vos dernières lettres, au milieu des considérations sur les chevaux, et que je n'ai comprise que maintenant, je me suis placé dans votre état d'esprit qui m'est très familier, et je vous ai plaint. Or, d'après Schopenhauer, comme d'après notre conscience, la pitié et l'amour sont synonymes et j'ai voulu vous écrire. Je vous suis reconnaissant de l'idée que vous avez eue de m'appeler, lorsque vous pensiez que vous alliez partir. Je ferai la même chose lorsque j'aurai l'intention de m'en aller là-bas, si je suis encore capable de penser à ce moment-là. Je n'aurai besoin de personne autant que de vous et de mon frère à cette heure. Il est doux et agréable d'entrer en communion avant la mort avec des hommes qui regardent au delà des limites de la vie. Vous et les rares hommes véridiques avec qui j'ai eu l'occasion de me rencontrei pendant mon existence, bien que se faisant de la vie une conception très juste, se placent toujours à ses bords extrêmes et l'envisagent précisément avec beaucoup denetteté parce qu'ils regardent tantôt dans le nirvana, dans l'infini, dans l'inconnu, tantôt dans le * sansara », et ce regard dans le nirvana fortifie la vue. Tandis que les hommes purement matériels peuvent parler de Dieu autant qu'ils veulent, sans cesser de nous être désagréables et doivent avoir une mort pénible, car ils ne voient pas ce que nous voyons, c'est-à-dire le Dieu plus indéfini, plus éloigné, mais aussi plus grand et indéniable. Vous êtes malade et vous pensez à la mort, et moi je suis en bonne santé et je ne cesse d'y penser également et de m'y préparer. Nous verrons qui de nous partira le premier. Quoi qu'il en soit, diverses données imperceptibles m'ont fait voir nettement l'affinité profonde de nos

âmes (surtout par rapport aux idées sur la mort). Aussi je tiens beaucoup à nos relations, j'y tiens plus que jamais. Tout ce que je pense à ce sujet, j'ai tâché de l'exprimer dans le dernier chapitre de la livraison d'avril du Messager Russe (1). Ecrivez, je vous prie, à Petia Borissov qu'il vienne passer au moins trois jours près de moi. Je sais que cela vous touche de près; aussi, sans hâte aucune, sans idée préconçue et sans désir de contradiction, je l'étudierai et vous ferai part de mon opinion. Mon unique pensée préconçue sera : le désir de l'aimer pour vous.

Votre L. Tolstoï.

A Strakhov.

Yasnaïa Poliana, 13 novembre 1876.

Vous êtes un vrai ami, cher Nicolas Nicolaïevitch. Malgré mon silence, et un silence opposé à votre si importante lettre, vous me réjouissez quand même de vos lettres. Je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance pour celle que je viens de recevoir, bien qu'elle soit imméritée ; pour expliquer et justifier mon silence, je dois vous parler de moi.

Arrivé de Samara et d'Orenbourg voici deux mois déjà (j'ai fait un excellent voyage), je me proposais de me mettre au travail, d'achever le roman qui me tenaille, de m'atteler ensuite à une nouvelle besogne, et, au lieu de tout cela, je n'ai rien fait du tout. Je dors intellectuelle--

(1) Dans Anna Karénine.

ment et ne puis me réveiller. Des malaises, une apathie, un manque total de confiance dans mes forces. Je ne sais ce que me réserve le destin ; mais achever la vie sans respect pour elle est douloureux ; or, le respect pour elle ne s'acquiert que par un travail d'une certaine valeur. Je n'ai même pas l'énergie de penser. Ou bien mon état est désespéré, ou bien c'est le sommeil avant une bonne période de labeur. Je ne puis penser par moi-même, mais je puis comprendre, surtout vous, et j'ai compris et apprécié votre 1™ lettre ('), et je vous souhaite de tout cœur d'achever ce travail. Je l'ai relue à plusieurs reprises, je l'ai lue à Fett et nous avons tous deux approuvé vos pensées, dans la mesure dans laquelle nous les avons comprises.

Seule la question de savoir ce qu'est le véritable savoir exige une réponse. Le véritable savoir, à mon sens. — et j'en suis sûr au vôtre — s'acquiert par le cœur, c'est-àdire par l'amour. Nous connaissons uniquement ce que nous aimons.

La dernière question traitée dans notre correspondance philosophique était : qu'est-ce que le mal ? Je pourrais y répondre d'après ma propre expérience. Je vous le dirai en détail une autre fois, à Noël, je l'espère. Ma femme et moi, nous espérons que vous viendrez. Je vous en prie, venez.

En attendant, je dirai ceci : le mal est ce qui est considéré comme raisonnable au point de vue mondain. Le meurtre, le brigandage, la punition, tout cela est raisonnable, est fondé sur des conclusions logiques. L'abnégation, l'amour sont considérés, au contraire, comme un non-sens.

Je suis allé ces jours-ci à Moscou uniquement pour m'enquérir de nouvelles sur la guerre. Tout cela m'agite beau-

(1) Un ouvrage de Strakuov, divisé en tranches sous le titre de lettres.

LETTRES DE LEON TOLSTOÏ 38 î

coup. Toute cette incohérence du mouvement serbe, devenue l'histoire du passé, a pris une signification. La force qui pousse à la guerre s'est manifestée prématurément et

a indiqué la direction

Votre

A Fett.

Yasnaïa Poliana, 7 décembre 1876.

Votre lettre et la pièce de vers me sont arrivées par le même courrier que le recueil de vos œuvres, que j'ai fait venir de Moscou. Cette poésie n'est pas seulement digne de vous, mais elle est particulièrement réussie, par ce caractère philosophico-poétique que je m'attendais bien à trouver chez vous. Ce que vous faites dire aux étoiles est fort beau, la dernière strophe est particulièrement réussie.

Le fait de déplorer sur la même feuille où vous avez écrit votre poésie que le prix du pétrole soit aujourd'hui de douze kopeks est, ainsi que l'a fait remarquer ma femme, également très caractéristique. C'est un indice secondaire mais infaillible qu'on se trouve en présence d'un vrai poète.

J'ai fait venir en même temps que vos poésies celles de Tutchev, Bariatynsky et Tolstoï (Comte Alexis Tolstoï). Je sais que vous devez être content d'être en compagnie de Tutchev. Bariatynsky non plus n'est pas un mauvais voisi-

nage. C'est un sincère, quoi qu'il y ait chez lui peu de grâce et de beauté, mais il y a de bonnes choses. Je commence petit à petit à écrire, et je suis très satisfait de mon sort.

Votre

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