LIVRE XI
qui venaient de s'élever dans l'esprit de sa cousine.
Sophie trouva très-aisément l'adresse de la dame qu'elle cherchait; car il n'y avait pas dans toute la ville un porteur de chaise à qui sa maison ne fût bien connue. Ayant reçu, en réponse à son premier message, la plus pressante invitation, elle se hâta de l'accepter. Il faut avouer que mistress Fitzpatrick ne poussa'pas plus loin que la civilité ne l'exigeait, les instances qu'elle fit à sa cousine pour la retenir: soit qu'elle se doutât du soupçon dont nous venons de parler, et qu'elle lui en sût mauvais gré , soit par tout autre motif, il est certain qu'elle désirait autant que Sophie leur commune séparation.
Notre héioïne , au moment où elle vint prendre congé de sa cousine, ne put s'empêcher de lui donner un petit conseil : elle la conjura, au nom de ciel, de prendre garde à elle, et de considérer dans quelle situation délicate elle était; espérant, ajouta- t-elle, qu'on pourrait trouver quelque moyen de la réconcilier avec son mari. «Vous devez vous rap-
peler, ma chère, lui dit-elle, la maxime que ma tante Western nous a si souvent répétée : que toutes les fois que l'union conjugale est troublée, et la guerre déclarée enire le mari et la femme , celle-ci gagne toujours à faire la paix, quelques conditions qui lui soient imposées ; ce sont les propres mots de ma tante, et vous savez qu'elle a beaucoup d'expérience du monde. « Mistress Fitzpatrick lui répondit avec un sourire nn peu méprisant : « Ne craignez rien, mon enfant, et prenez garde à vousmême, car vous êtes plus jeune que moi; j'irai vous voir dans quelques jours : mais, ma chère Sophie, permettez - moi de vous donner un petit conseil : gardez votre rôle de Graveairs pour la campagne; croyez-moi, cousine, vous auriez mauvaise grace à le jouer en cette ville. »
Ainsi se séparèrent les deux cousines, et Sophie se rendit sur-le-chanjp chez lady Bellaston, qui lui fit l'accueil le plus tendre et le plus poli. Celte dame avait pris beaucoup d'inclination pour elle lorsqu'elle l'avait vue chez sa tante Western. Elle éprouva réelle-