‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 111 sur 163 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dans lequel, quoique M. Westeru ne tiouve pas sa fille, il trouve quelque chose qui met fin à sa poursuite.

IS OTRE histoire nous ramène à l'auberge d'Upton, d'où nous suivrons d'abord les pas du Squire "Western, dont le voyage sera assez court pour nous laisser tout le loisir de nous occuper de notre héros.

Le lecteur voudra bien se rappeler que ledit Squire Westçin quitta l'auberge dans un transport de fureur pour se mettre à la pour-

suite de sa fiHe. Le valet d'écurie l'ayant informé qu'elle avait traversé la Savern , il passa aussi cette rivière avec sa suite et mit son cheval au galop, jurant la plus terrible vengeance contre la pauvre Sophie, s'il pouvait l'atteindre.

Il arriva bientôt à quatre chemins eu forme de croix; il s'y arrêta un moment pour y tenir un petit conseil de guerre , après lequel il laissa au hasard le soin de le diriger dans sa poursuite, et prit la route de Worcester.

Il avait fait deux milles environ sur cette route, quand il se mit à se lamenter très-amèrement , en s'écriant à plusieurs reprises : «Quelle pitié! certainement jamais chien ne fut plus malheureux que moi ; >> et puis il lâcha une bordée de jurements et d'imprécations.

Le curé Supple, qui raccompagnait, essaya de le consoler en cette occasion. « Ne vous chagrinez pas, lui dit-il, comme ceux qui n'ont plus d'espérance. Quoique nous n'ayons pas encore pu rejoindre notre jeune dame, nous devons déjà regarder comme un bonheur d'avoir réussi à suivre ses traces jusqu'ici. Pro-

bablement, monsieur, bientôt fatiguée elle s'arrêtera dans quelque auberge; et d'après toutes les présomptions morales, vous serez très-incessamment compos 'vofl (i). »

«' Peste soit de la drôlesse, reprit le Squire, je suis à regretter la perte d'une si belle ma tiuée pour la cbasse. Il est cruel de perdre un des jours les plus beaux de la saison, suivant toute apparence, et surtout après une aussi longue gelée. >•

Soit que la Fortune, qui montre de temps en temps quelque compassion pour les malheureux qu'elle persécute de mille manières plus bizarres les unes que les autres, eût pris pitié de M. Western; soit qu'ayant résolu de ne pas le laisser rejoindre sa lille, elle eût le projet de l'en dédommager de quelque autre manière, à peine eut -il prononcé ces paroles, qu'une meute de chiens ouvrit ses gosiers mélodieux à peu de distance. Le cheval du Squire et sou cavalier dressèrent aussitôt tous deux les oreilles, et M. Western s'écria : « Elle est

(i) Satisfait. (Éd. )

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