‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 126 sur 163 · LIVRE xii. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE xii. 3o

Le directeur fat si glorieux de ces éloges , qu'il ne put s'empêcher d'eu ajouter encore quelques-uns de sa façon. Il dit que dans le siècle présent rien ne s'était autant perfectionné que le spectacle des marionnettes, qui, par l'expulsion de Polichinelle , de sa femme Jeanne, et autres absurdités semblables, était enfin devenu un spectacle raisonnable. « Je me souviens , dit-il , que lorsque j'ai commencé le métier, il y avait dans les marionnettes une foule de choses triviales pour faire rire les gens, mais rien pour améliorer la morale des jeunes gens, ce qui certainement doit être le but principal des marionnettes. Car pourquoi ce spectacle ne réussirait-il pas aussi bien que tout autre à donner des leçons sages et instructives? Mes figures sont grandes comme nature , et représentent toutes les actions de la vie. Aussi je ne doute eu aucune manière qu'on ne tire de mon petit drame autant de profit pour les mœurs que des comédies des grands théâtres.»

« Je n'ai pas le projet, répondit Jones, de

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rabaisser le mérite de votre profession ; mais avec tout cela, j'aurais été charmé de revoir mou vieil ami, M. Polichinelle; et, en l'expulsant, ainsi que Jeanne sa joyeuse femme, je trouve que , loin d'avoir perfectionné vos marionnettes, vous les avez absolument gâtées. «

L'homme des fils d'archal conçut à ces mots un souverain mépris pour Jones ; il lui répliqua de l'air le plus dédaigneux : « Trèsprobablement , monsieur, c'est là votre opinion ; mais j'ai la satisfaction de savoir que les meilleurs jui;es en diffèrent entièrement, et il est impossible de plaire à tout le monde. Je conviens , à la vérité , qu'il y a deux ou trois ans, étant à Bath, quelques personnes de qualité me pressèrent instamment de remettre Polichinelle sur la scène. Je crois môme que j'ai perdu quelque argent à n'y pas consentir; mais que les autres fassent ce qu'ils voudront, un peu de métal ne me corrompra pas au point de me faire dégrader ma profession, et je ne cousenlirai jamais volonlairemenf à

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souiller un tlicàlre aussi décent et aussi régulier que le mien , en y introduisant des scènes d'un i;enre aussi bas, »

«Vous avez raison, mon ami, s'écria le clerc de procureur, vous avez grandement raison ; évitez toujours ce qui est bas. J'ai plusieurs de mes amis à Londres qui ont résolu d'épurer le théâtre de tout ce qui est bas. — Et rien n'est plus convenable , s'écria à sou tour le commis de l'excise, en ôtant sa pipe de sa bouche. Je me rappelle, ajouta-l-il , car je demeurais alors chez mylord, que j'étais à la galerie des laquais , le jour que l'on donna pour la première fois cette comédie du Mari poussé à bout. Il y avait je ne sais combien de sottises du genre le plus bas , au sujet d'un gentilhomme campagnard venu à la ville pour s'y faire élire au parlement. On fit paraître une partie de ses valets, et je me rappelle son cocher entre autres ; mais nos messieurs de la galerie où j'étais ne purent souffrir quelque chose d'aussi bas , et ils sifflèrent. J'ai remarqué, mon ami, que vous avez supprimé tout cela , et vous méritez qu'on vous en félicite. »

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« Fort bien, messieurs, dit Jones, je ne pourrais jamais soutenir mon opinion contre tout le monde. Il est sûr que si la plus nombreuse partie de l'auditoire n'aime pas Polichinelle, le savant directeur du spectacle peut avoir très-Bien fait de lui donner son congé.»

Le directeur des marionnettes commençait alors wn second discours où il dit beaucoup de choses sur la grande force de l'exemple , et il cherchait à prouver avec quelle facilité les inférieurs seraient détournés du vice, si on leur faisait constamment observer combien il est odieux dans leurs supérieurs, quand il fut malheureusement interrompu par un incident que nous aurions peut-être omis dans un autre temps , mais que nous ne pouvons nous dispenser de raconter en ce moment : ce ne sera cependant pas dans ce chapitre.

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