‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 135 sur 163 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

où la Foitune semble avoir été de meilleure humeur pour Jones que nous ne l'avons vue jusqu'ici.

Comme il n'y a pas de potion plus salutaire que la fatigue pour provoquer au sommeil , il n'y en a guère non plus qui procure un sommeil plus profond : on peut bien dire que Jones en avait pris une forte dose qui opéra efficacement sur lui. Il avait déjà dormi neuf heures, et aurait peut-être dormi plus longtemps , s'il n'avait été réveillé par un bruit violent à la porte de sa chambre , où l'on frappait avec force en criant au meurtre. Jones saula aussitôt de son lit , et trouva le directeur de marionnettes qui s'acharnait, sans miséricorde et sans modération , sur les épaules et sur les côtes de son pauvre J(»yt^iix-André,

Jones s'interposa pour la partie souffrante, et colla l'insolent vainqueur contre la nnuailie. Car l'homme aux marionnettes n'était pas plus eu état de se défendre contre Jones, que le pauvre bouffon au costume bariolé ne l'avait été de résister à son maître.

Mais quoique le Joyeux-André fût petit et assez faible, il ne laissait pas d'être colère. Il ne se vit doue pas plus tôt délivré de son ennemi, qu'il se mit à l'attaquer avec la seule arme dont il se servît aussi bien que lui; il lui lâcha d'abord une bordée de grosses injures générales, et en vint ensuite à quelques accusations plus particulières. « Damné soit votre sang, coquin! dit-il: non seulement c'est moi qui vous ai soutenu jusqu'ici , car c'est à moi que vous devez tout l'argent que vous gagnez, mais je vous ai encore sauvé de la potence. Vous souvenez-vous de la dame que vous vouliez dépouiller de son riche habit , pas plus tard qu'hier, dans un sentier ici derrière? Pouvez-vous nier que vous auriez voulu la tenir seule dans un bois pour la dépouiller, |)()ur Jépouillei- l'une des plus belles fennnes qu'on

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