LIVRE XII
lui eût rendu de très-mauvais offices. « Car certainement, dit-il, le Squire ne vous aurait jamais déshérité pour un petit nombre de fautes que tout jeune homme à votre place aurait pu commettre : je me sers d'une expression impropre quand je dis déshérité; car il est clair que par la loi vous ne pouvez prétendre à être son héritier : cela est certain , il n'y a pas besoin d'aller consulter un avocat pour le savoir. Cependant, quand un gentilhomme vous avait ainsi en quelque sorte adopté comme son propre fils, vous auriez pu raisonnablement espérer une part très-considérable de sa fortune, sinon même sa fortune tout entière: je dis plus , quand vous auriez compté sur tout son bien, je ne vous en aurais pas blâmé; car certainement tous les hommes sont disposés à gagner autant qu'ils peuvent, et ils ne sont point du tout blâmables pour cela. »
« En vérité, vous me faites tort, dit Jones; je me serais contenté de très-peu. Je n'ai jamais eu en vue la fortune de M. Allvvorthy ; je crois même pouvoir dire que je n'ai jamais pensé une seule fois à ce qu'il pourrait ou vou-
drail me donDer, Je declare solennellement que s'il eût fait en ma faveur quelque tort à son neveu , je l'aurais réparé sur-le-champ. Je préfère ma propre estime à la fortune d'im autre. Quel pauvre orgueil que celui qui se fonde sur une maison magnifique, une suite nombreuse, une table splendide, et tousles autres avantages réels ou apparents de la fortune, comparé à ce contentement solide et vrai, à cette satisfaction complète, à ces transports de joie , à ce triomphe enivrant d'un homme de bien qui se plaît dans la contemplation d'une action généreuse, vertueuse, noble et bienfaisante! Je n'envie point M. Blifil sous le rapport de sa fortune à venir, et je ne l'envierai pas davantage quand il en sera devenu possesseur. Je ne voudrais pas être un fripon une seule demi-heure pour changer de situation avec lui. J'ai lieu de croire que M. Blifil m'a supposé les vues dont vous parlez ; et je suppose que ces soupçons, qui provenaient de la bassesse de son cieur, ont été aussi la cause de la bassesse de sa conduite à mon égard. Mais, grace au ciel, je connais, je sens.... je