LIVRE XX
de chez elle; ou , dans le cas contraire , si elle connaissait quelqu'un dans le voisinage chez qui elle pûl se procurer qnelques vêtements pour paraître chez un juge de paix.
Elle répondit qu'elle était absolument étrangère dans ce pays. Jones lui dit alors , en y réfléchissant, qu'il avait non loin de là un ami qui pourrait leur être utile. Il s'étonnait, à la vérité, qu'il ne l'eût pas suivi; mais dans le fait, le bonhomme, au départ de notre héros, s'était assis tranquillement sur le lieu le plus élevé, où, quoiqu'il eût un fusil à la main, il attendait avec autant de patience que d'indifférence l'issue de celte aventure.
Jones, sortant alors du bois, aperçut le vieillard assis dans la même position ; il se servit de toute son agilité , et gravit la côte avec une légèreté surprenante.
Le vieillard lui conseilla de conduire la dame à Upton, qu'il lui dit être la ville la plus prochaine, en ajoutant qu'il y trouverait toutes les choses dont elle pourrait avoir besoin. Jones, après avoir reçu de lui toutes les informations nécessaires sur le chemin qui v con-
duisait , le quitta ; et après l'avoir prié d'indiquer le même chemin à Partridge, retourna promptement au bois.
Notre héros , en allant chercher des renseignements auprès de son ami, pensait que le scélérat, ayant les mains liées derrière le dos> serait hors d'état d'exécuter aucun de ses mauvais desseins sur la pauvre dame. Il avait en outre calculé qu'il ne serait pas hors de la portée de sa voix , et pourrait revenir assez tôt pour empêcher un malheur. Il avait de plus déclaré à ce lâche , que s'il hasardait la moindre tentative de violence , il serait lui-même l'exécuteur de la vengeance des lois en lui arrachant la vie. Mais Jones oublia malheureusement que si les mains de Northerton étaient attachées, ses jambes étaient en liberté, et il n'avait pas défendu au prisonnier d'en faire tel usage qu'il trouverait bon. Northerton n'ayant donné aucune parole de ce genre , crut qu'il pouvait s'en aller sans manquer à l'honneur. Il se servit donc de ses jambes qui étaient libres, et s'enfonça dans réjïaisseur du bois, qui favorisa sa retraite.
MVRE IX. Ç)
La dame , dont les ye\ix étaient probablement tournés vers son libérateur, ne s'aperçut pas de cette évasion , ou ne prit pas la peine de s'y opposer.
Jones la ti-ouva donc seule à son retour. Il allait perdre du temps à courir après Norlherton, mais elle ne voulut pas le lui permettre, le conjurant avec instance de la conduire à la ville qu'on lui avait indiquée. « La fuite de ce malheureux, lui dit -elle, ne m'afflige nullement : car la philosophie et le christianisme prescrivent également le pardon des injures : mais quant à vous, monsieur, je suis fâchée de l'embarras que je vous cause. J'ajouterai même que réfat de nudité où je me trouve me fait rougir et baisser les yeux devant vous, au point que si votre protection ne m'était pas nécessaire, je préférerais me rendre seule à la ville. »
Jones lui offrit son habit, qu'elle refusa, je ne sais pour quelle raison. Il la pria alors d'oublier les deux motifs qui la rendaient si confuse en sa présence. « Quant au premier , lui dit-il, je n'ai fait que mon devoir en vous
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délivrant , et j'écarterai entièrement le second en marchant devant vous pendant tonte la route; car je ne voudrais pas que mes regards pussent vous offenser, et je ne répondrais pas que j'eusse le pouvoir de résister à cette tentation. »
Notre héros et la dame délivrée par lui se mirent donc en chemin de la même manière qu'Orphée et Eurydice à leur sortie des enfers. Mais quoique je ne puisse croire que Jones fût teulé de regarder derrière lui, cependant, comme la belle avait fréquemment besoin de son secours pour franchir des fossés , et comme elle faisait un assez grand nombre de faux pas , etc., etc., il était souvent obligé de se retourner. Quoi qu'il en soit, il eut un sort plus heureux que celui du pauvre Orphée , car il parvint à conduire saine et sauve sa compagne, ou plutôt sa suivante, à la fameuse ville d' Upton.