CHAPITRE IL
Dialogue entre l'bôtesse et Suzanne , propre à être lu par tous les aubergistes et par leurs domestiques. Arrivée et conduite affable d'une jeune dame charmante, qui pourra apprendre aux personnes de condition comment on peut se faire aimer de tout le monde.
L'hôtesse se ressouvenant que Suzanne était la seule qui ne fût pas couchée quand la porte de mistress Waters avait été forcée, alla la trouver pour savoir d'elle la premiere cause de tout ce trouble, quel était cet étranger , quand et comment il était arrivé.
T.IVRE X. 8r
Suzanne raconta tonte l'histoire que le lecteur sait déjà, n'altérant la vérité cjue dans quelques circonstances, suivant qu'elle le trouvait convenable, comme par exemple en ne parlant pas du tout de l'argent qu'elle avait reçu. Mais comme, dans la préface de sou interrogatoire, sa maîtresse lui avait parlé avec beaucoup d'attendrissement de la peur que la dame avait eue que ces trois hommes n'eussent le projet d'attenter à son honneur, Suzanne ne put retenir sa langue, et tâcha de calmer l'inquiétude que paraissait avoir sa maîtresse à ce sujet, en lui jurant qu'elle avait vu Jones sauter hors du lit de mistress Waters.
A ces mots, l'hôtesse entra dans une violente fureur. « Voilà une histoire bien vraisemblable, s'écria-t-elle ; une femme jetteraitelle ainsi des cris, et hasarderait-elle de compromettre son honneur, si elle se trouvait dans le cas dont vous parlez ? Je voudrais bien savoir quelle meilleure preuve une femme peut donner de sa vertu que de jeter des cris comme elle a fait ; et vingt personnes, je crois.
pourront I'atlester. Je vous prie, madame Suzanne, de ne vous permettre de pareilles calomnies contre aucune des personnes qui logent chez moi; car elles ne tomberaient pas seulement sur elles, mais sur la maison; et je ne reçois ici ni vagabonds , ni canaille. »
« Fort bien, dit Suzanne , alors je n'en dois plus croire mes propres yeux? — Non sûrement, vous ne devez pas eu croire vos yeux, répondit sa maîtresse , je n'en aurais pas cru les miens contre d'aussi honnêtes gens. Il ne m'a pas été commandé depuis six mois un meilleur souper que celui que je leur ai servi hier soir; ils étaient de si bonue humeur, qu'ils ont eu la complaisance de trouver excellent mou poiré du Worcester-shire que je leur ai vendu pour du Champagne; et sûrement il a tout aussi bon goût et il est aussi sain que le meilleur Champagne qui soit en Angleterre, autrement je me serais fait un crime de le leur donner. Ils en ont bu deux bouteilles. Non , non, je ne croirai jamais pareille chose de gens aussi honnêtes et aussi peu difliciles. »
QuaudSuzanne eut été ainsi réduite au si lence,