‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 38 sur 163 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

de Suzanne; mais l'ami du jeune Squire Allworlhy n'était pas fait pour être ainsi négligé, d'autant plus qu'il demanda en entrant une pinte de vin chaud. Elle obéit aussitôt en mettant devant le feu la même mesure de poiré ; cette liqueur prenant sur-!e-cliamp entre ses mains le nom de toutes les sortes de vins qu'où lui demandait.

Le domestique irlandais était allé se coucher, et le postillon se disposait à le suivre, lorsque Partridge l'invita à rester et à boire avec lui, ce que l'autre accepta avec beaucoup de reconnaissance. Le maître d'école était effrayé de retourner tout seul à sa chauibre; et conune il ne pouvait savoir jusqu'à quelle heure l'hôtesse lui ferait compagnie, il avait résolu de s'assurer du postillon, eu présence duquel il ne redoutait plus rien du diable ni d'aucun de ses adhérents.

On entendit en ce moment un autre postillon qui s'arrêtait à la porte. Suzanne, qui avait été envoyée pour savoir qui c'était, revint, accompagnée de deux jeunes dames en habit de voyage, dont l'un était si richement brodé,

que Partridge et le postillon se levèrent à l'instant même de leurs sièges, et l'hôtesse s'empressa de leur faire ses plus belles révérences, et de les appeler madame par ci, madame par là.

La plus richement vêtue des deux dames dit avec un sourire plein d'affabililé : « Si vous voulez me le permettre, madame, je me chaufferai (pielques minutes au feu de votre cuisine, car il fait réellement très -froid; mais j'exige que personne ne se dérange de son siège. » Ces derniers mots furent dits à l'occasion de Partridge, qui s'était retiré à l'autre bout de la cuisine, frappé de respect et d'étouuemeut à la vue du riche vêtement de la dame. Il faut convenir pourtant qu'elle avait eu elle, plu? encore que dans ses habits, tout ce qu'il fallait pour inspirer du respect; car c'était une des plus belles pei'sonnes du monde.

La dame pria instamment Partridge de re- .venir prendre son siège, mais il s'y refusa. Elle quitta alors ses gants, et présenta au feu deux mains qui avaient toutes les propriétés de la neige , excepté celle de se fondre. Sa

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