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célébration s'en ferait le surlendemain matin.
Le déjeuner était servi dans le parloir, ou M. Blifil était déjà venu, et où M. Western et sa sœur étaient réunis. On donna ordre d'avertir Sophie.
O Shakspeare! que n'ai-je ta plume! Hogarth ! ([ue n'ai-je ton pinceau ! je pourrais faire le portrait du pauvi'c domesticpie qui, le visage pâle, les yeux égarés, faisant heurter ses dents entre elles, bégayant et tremblant de tout sou corps.
(Tel fut du bon l'n'ain l'esclave infortuné. Qui, pâle, l'œil éteint, abattu, consterné, Vint tirer les rideaux du monarque de Troie , Et lui dit : Uion des flammes est la proie (i) 1 )
entra et annonça qu'on ne pouvait pas trouver madame Sophie.
« On ne peut pas la trouver ? s'écria Western en se levant brusquement. Damnation !
(l) SlIAK
ESPr.ARE .
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saug et furie! Où ? quand ? comment ? quoi! on ne peut la trouver? où.,..? »
« Là ! mon frère, dit mistress Western avec un vrai sang-froid de politique; vous vous mettez toujours dans la plus violente fureur ponr rien. Ma nièce est peut-être tout simplement à se promener dans le jardin. Je déclare que vous êtes devenu si déraisonnable, qu'il est impossible de vivre dans la même maison avec vous. »
« Allons, allons, répondit le Squire rentrant en lui-même aussi promptement qu'il s'était emporté , si c'est là tout, cela ne signifie pas grandVhose; mais, sur mon ame, j'ai perdu tout-à-fait l'esprit, quand ce garçon est venu dire qu'on ne pouvait la trouver. « Ensuite il donna ordre de sonner la cloche du jardin, et s'assit tranquillement.
Il serait impossible de citer un plus parfait contraste que celui qui existait entre le frère et la sœur dans presque tous les points , notamment en celui-ci, que le frère ne prévoyait jamais rien de loin , mais avait une extrême sagacité pour voir tout d'un coup les choses
au inoint-iil où elles arrivaient; au lieu que la sœur prévoyait parfaitement tout ce qui devait arriver dans l'avenir le plus éloigné, mais n'avait pas la vue si pénétrante pour apercevoir les objets qui étaient devant ses yeux. Le lecteur peut déjà avoir observé les divers exemples qu'ils nous eu ont fournis : et il faut en convenir, ils possédaient l'un et l'autre leurs talents mutuels à un (rè*{-haut degré ; car la sœur prévoyait souvent ce qui ne devait jamais arriver, et le frère en voyait souvent beaucoup plus qu'il n'y en avait réellement.
Cela n'eut pas lieu cependant dans la circonstance présente. On ne fut pas plus heureux dans le jardin qu'on ne l'avait été dans la chambre ; on vint encore annoncer qu'on ne pouvait trouver madame Sophie.
Le Squire sorlit alors lui-même, et se mit à rugir le nom de Sophie avec des cris aussi terribles que ceux que fit entendre Hercule en appelant Hylas; et comme le poète nous dit que tout le rivage répéta le nom de ce beau jeune homme, ainsi la maison, le jardui cl tous les champs d'alentour ne retentirent que //". 10
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du nom de Sophie, prononcé par les voix raiiques des hommes et les fausseté aigus des femmes. Écho cependant semblait tellement se plaire à répéter ce nom charmant, que s'il existe réellement une diviuité de celte nature, j'ai tout lieu de croire qu'Ovide nous a trompés sur son sexe.
Tout resta pendant long-temps dans la plus horrible confusion. Mais enûu le Squire ayant presque épuisé ses poumons, rentra dans le parloir, où il trouva mistress Western avec M. Blifil, et se jeta dans un grand fauteuil, d'un air de désespoir.
Mistress AVestern le voyant en cet état, se mit à le consoler eu ces termes :
« Mon frère, je suis fâchée de ce qui vient d'arriver, et que ma nièce se soit conduite d'une manière si outrageante pour sa famille. Mais tout cela est votre ouvrage, et vous n'avez à en féliciter que vous-même; vous .savez qu'elle a toujours été élevée dans des principes directement contraires aux miens , et vous en voyez aujourd'hui la conséquence. Ne vous ai -je pas mille fois reproché de
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lui laisser toujours faire ses volontés? Mais vous savez que je n'ai jamais pu rien gagner sur vous; et lorsque j'avais pris tant de peines pour déraciner en elle ce vice d'obstination et rectifier vos erreurs en politique , vous savez qu'elle a élé arrachée de mes mains: en sorte que je ne suis responsable de rien. Si l'on m'avait exclusivement confié le soin de son éducation , un accident pareil à celui-ci ne vous serait jaujais arrivé. Ainsi, vous devez vous consoler , en pensant que ceci est votre propre ouvrage; et en elFet, pouvait-on attendre autre chose d'une pareille indulgence ?«
«Ma sœur, répondit-il, vous suffiriez pour rendre fou l'homme le plus sage. Ai-je eu de l'indulgence pour^ elle ? lui ai-je laissé faire ses vohmlés .^ Pas plus tard qu'hier soir, je l'ai menacée, si elle me désobéissait, de la confiner dans sa chambre, au pain et à l'eau, pour le reste de sa vie.... Yous lasseriez la patience de Job. »
« Eulendit-on jamais pareille chose sur la terre .^ répliqua-t-elle. Mon frère, si je n'avais pas la patience de cinquante Jobs, vous me
feriez oublier toute décence et tout décorum. Pourquoi vous en êtes-vous mêlé ? ne vous ai-je pas demandé , ne vous ai-je pas supplié de me laisser tout faire ? Vous avez détruit toutes les opérations de la campagne par une seule fausse marche. Un homme dans son bon sens aur^t-il provoqué une fille par de telles menaces ? Combien de fois ne vous ai-je pas dit que les femmes anglaises ne doivent pas être traitées comme des esclaves ciracassiennes (i) ? Ne sommes-nous pas suffisamment protégées et défendues par la société ? Il faut nous gagner par des moyens doux, et non nous menacer, nous quereller, et nous battre pour nous forcer à la complaisance. Dieu merci, ce n'est pas la loi salique qui nous gouverne. Mon frère, vous avez une rudesse dans vos manières (pie nulle autre femme que moi ne pourrait supporter. Je ne m'étonne pas si la terreur a forcé ma nièce à prendre ce parti désespéré , et de bonne foi je pense qu'elle eu
''i) ProLablcintiit circassiennes.
{Note de l'ielding.)
sera pleinement justiiiée aux yeux da monde. Je vous le répète encore , mon frère, vous devez vous consoler en vous rappelant que tout cela est votre faute. Combien de fois vous ai-je conseillé... ! « Ici Western se leva précipitamment de son fauteuil , et après avoir vomi deux on trois imprécations horribles, sortit en hâle du parloir.
Dès qu'il lut parti, sa sœur parla contre lui avec plus d'amertume encore , s'il est possible, qu'en sa présence, en appelant toujours à M. Elifil, ([ui, avec une grande complaisance , acquiesçait entièrement à tout ce qu'elle disait, mais excusait toutes les fautes de M. Western. « Il ne faut les considérer, disait-il, que comme provenant d'un amour trop aveugle , et qui ne mérite d'autre nom que celui d'une aimable faiblesse. — Il en est d'autant plus inexcusable, répondit la dame ; car de qui cause-t-il la perte par son aveugle tendresse ? de sa propre fille ! » Ce dont Elifil convint sur-le-champ.
Mistress Western témoigna alors le plus tendre intérêt à M. Blifd, et lui exprima tout son cliagrin du traitement qu'il avait reçu d'une
famille à laquelle il voulait faire un si grand honneur. A ce sujet, elle traila la folie de sa nièce avec une grande sévérité, mais elle finit par rejeter le tout sur son frère qui, dit-elle, était inexcusable de s'être ainsi avancé sans être plus sûr du consentement de sa fille, « Mais il a toujours été, ajoula-t-elle, d'un caractère violent et obstiné, et je regrette tous les conseils que je lui ai prodigués. »
Après une longue conversation de ce genre , qui probablement n'intéresserait pas beaucoup le lecteur, si nous la rapportions ici tout entière, M. Blifil prit congé de mistress Western et s'en retourna chez lui , fort peu satisfait de son aventure. Cependant la philosophie qu'il tenait de Square, la religion que Thwackum lui avait inspirée, et quelque autre chose encore, lui apprirent à supporter cet événement beaucoup mieux que des amants plus passionnés ne supportent communément ces sortes de malheurs.