LIVRE XI
contusion de la chute. Le plus grand mal qui en arriva à Sophie fut l'alteinte portée à sa modestie , lorsque , se relevant , elle observa sur le visage de la plupart des spectateurs un sourire malin qui lui fit soupçonner ce qui était réellement arrivé , et que nous ne rapporterons pas ici , dussions-nous déplaire à ceux de nos lecteurs qui sont capables de rire des outrages faits à la délicatesse d'une jeune femme. Nous n'avons jamais pu regarder comme couiiques des accidents de cette nature, et nous oserons dire sans scrupule que c'est avoir une idée trèsimparfaite de la modestie d'une femme jeune et belle, que de ne pas craindre de l'immoler au sot plaisir d'en rire un moment.
Cette chute et la peur, jointes à la violente fatigue d'un long voyage, avaient presque épuisé les forces de Sophie , et elle en eut à peine assez pour se traîner, en chancelant, jusque dans l'intérieur de lauberge, appuyée sur le bras de sa femme de chambre; elle n'y fut pas plus tôt assise, qu'elle demanda un -verre d'eau, que mistress Honour, très-judicieusement à mon avis, changea en un verre de vin.
Mistress Fitzpatrick, instruite par mistress Honour que Sophie ne s'était point couchée les deu.v dernières nuils, et ohservant qu'elle était paie, défaite, et accablée de faiigue, la conjura instamment de se rafraîchir en prenant un peu de sommeil : elle ne savait encore rien de son histoire ni de ses craintes ; mais quand elle en aurait été instruite, elle lui eût donné le même conseil; car le repos lui était nécessaire, et la longue route qu'elles avaient faite par des chemins détournés, éloignait si évidemment tout danger de se voir poursuivies, que mistress Fitzpatrick était elle-même tranquille à cet égard.
Sophie n'eut pas de peine à consentir à suivre le conseil de son amie, que sa femme de chambre avait secondée de tout son pouvoir. Mistress Fitzpatrick proposa de tenir compagnie à sa cousine, ce cpie Sophie accepta avec beaucoup de complaisance.
La maîtresse ne fut pas plus tôt couchée, que la suivante se prépara à suivre son exemple : elle commençait à faire beaucoup d'excuses à sa camarade Abigail, de la laisser seule