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se croyait à l'abri de sa poursuite , ce fui la inoindre terreur qui s'empara d'elle si fortement , qu'elle conjura sa cousine avec les plus vives iuslances de rester jusqu'au lendemain matin , et de ne pas l'exposer au danger de voyager la nuit.
Sophie, qui portait la complaisance à l'excès, n'ayant pu parvenir ni par le raisonnement, ni par la plaisanterie, à dissiper les craintes de sa cousine, y céda enfin. Peut-être, si elle avait été instruite de l'arrivée de son père à Uplon, eût-il été plus difficile de la persuader; car j'ai tout lieu de croire qu'elle n'éprouva pas eu ce moment une bien grande terreur à ridée d'être atteinte par Joues. J'irai plus loin; car, s'il faut confesser la vérité, je penche à croii-e qu'elle le désirait plus vivement qu'elle ne le craignait : quoiqu'il eut été phis honnête à moi de cacher au lecteur ce désir, qui n'est que le résultat de l'une de ces secrètes et involontaires émotions de l'ame, aux quelles la raison est souvent étraiigère.
Dès que nos jeunes dames furent déteruiinées à passer la soirée dans l'auberge, l'hôtesse
1^2 TOM JONtS,
monta pour demander ce qu'elles voulaient manger. Il y avait tant de charmes dans la voix, dans les manières et dans la conduite affable de Sophie, que rhôtesse en fut ravie, et que la chère femme, persuadée qu'elle était devant Jenny Cameron , devint en ce moment une déterminée jacobile, et faisait au fond de son cœur des vœux pour le succès de la cause du jeune prétendant; le tout à cause de la grande douceur et de l'extrême affabilité que sa maîtresse supposée avait bien voulu avoir pour elle.
Les deux cousines commencèrent alors à s'avouer réciproquement la curiosité qui les pressait de connaître les événements extraordinaires qui avaient occasionné une rencontre si sini^ulière et si inattendue. Enfin , mistress Filzpatrick, après avoir obtenu de Sophie la promesse de lui tout révéler à son tour, se mit à raconter ce que le lecteur, s'il désire connaître son histoire, pourra lire dans le chapitre suivant.