‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 74 sur 163 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Histoire de mistress Fitzpatrick.

Après quelques nioments de silence, mistress Fitzpatrick poussant un profond soupir, commença en ces termes :

« Il est naturel aux malheureux d'éprouver une secrète tristesse, en se rappelant les époques de leur vie qui leur ont été les plus agréables. Le souvenir des plaisirs passés nous fait sentir une sorte de regret tendre, comme celui qui nous affecte pour les amis qui ne sont plus : on peut dire que les uns et les autres apparaissent à notre imagination.

« C'est pour cela que je ne réfléchis jamais sans douleur à ces jours ( les plus heureux sans contredit de ma vie ) que nous avons passés ensemble , quand nous étions toutes

deux confiées aux soins de ma tanle Western. Hélas! pourquoi miss Graveairs (i) et miss Giddy (2) ue sont-elles plus ? Vous vous souvenez, j'en suis sûre, du temps où nous ne nous appelions jamais par d'autres noms: vous aviez, j'en conviens, plus d'un motif pour nie donner ce dernier ; j'ai éprouvé depuis combien je le méritais. Qnaiit à vous, nia Sopliie, vous m'avez toujours été supérieure en tout, et je souhaite de tout mon cœur cpie la destinée vous traite plus favorablement que moi. Je n'oublierai jamais les avis sages et presque maternels que vous me donnâtes un jour que je regrettais amèrement d'avoir rnan(pié un certain i>al, et vous n'aviez pas encore quatorze ans! O ma Sophie! combien devais-je être heureuse alors, puisque je pouvais regarder celte petite contrariété comme un malhcnr, et lorsque c'était en effet le plus grand que j'eusse jamais connu ! «

« Et cependant, ma chère Henriette, ré-

(i) Miss Graves-airt. ( li" )

(i) Miss Étourdie. ( tic ■ }

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