LIVRE XI. ig'j
Que vous dirai-je, ma chère Sophie!... je sens ijne je ne puis vous cacher la vérité. Il me plaisait; j'étais charmée de ma conquête; je jouissais d'être la rivale de ma tante, j'étais enchantée d'être la rivale de tant d'autres femmes. En un mot , je crains de ne pas nj'être conduite comme je l'aurais dû dès le jour de ses premiers aveux. J'aurais bien voulu ne pas lui avoir donné des encouragements presque positifs avant notre séparation.
« Tout Bath parla alors hautement, et je pourrais presque dire tonna contre moi. Plusieurs jeunes femmes affectèrent de m'éviter et de ne plus me connaître, moins peut-être parce qu'elles croyaient aux propos dont j'étais l'objet, que par le désir ie me bannir d'une société où j'accaparais trop exclusivement leur favori. Je ne peux m'empècher ici d'exprimer la reconnaissance que je dois à la bonté particulière de M. Nash(i), qui me prit un jour
(i) Le Beau Nash , surnommé le roi de Batli , régulateur suprême de la mode , oracle des diverses réunions de Balh. Beau Nash , traité en souverain ,
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à part, et me donna un conseil que j'aurais élé bien heureuse d'avoir suivi. Mou enfant, me ditil, je vois avec peine la familiarité qui subsiste entre vous et un homme tont-à-fait indigne de vous, et qui, je le crains bien, causera votre perte. Quant à votre vieille et sotte tante, si cela ne devait pas vous faire tort, ainsi qu'à ma charrtiante Sophie Western (je répète, je vous assure, ses proj)res mots), je serais charmé de tout mon cœur qu'il se mît en possession de tout ce qui lui appartient. Je ne donne jamais de conseils aux vieilles femmes; car si elles ont dans la tête d'aller au diable , il n'est pas possible de les en empêcher, et elles n'en valent pas la peine. L'innocence, la jeunesse, la beauté, sont dignes d'un meilleur sort, et je voudrais les sauver de ses griffes. Permettez -moi de vous conseiller, ma chère enfant, de ne pas souffrir plus long -temps la familiarité de cet
avait sa cour , ses levers , ses flatteurs , ses bouffons, ses poètes à dédicace. La ville de Bath, reconnaissant qu'elle devait sa prospérité à son influence , encore plus qu'aux eaux thermales , lui érigea une statue entre celles de Pope et de IVewion. (^d.)