‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 81 sur 163 · TOM .lOrfES · texte numérisé non relu

TOM .lOrfES

niuri avis, sachant que je désire sincèrement votre bonheur. Je tirerai sur vous par le prochain courrier une lettre de change à l'ordre de John Drugget et compagnie, à quatorze jours de date, et je ne doute pas que vous ny fassiez honneur. Je suis,

Monsieur,

Votre humble serviteur, »

Samuel Cosgrave.

« Voilà la lettre mot pour mot : vous devinez, ma chère amie, combien elle m'affecla. Vous préférez la nièce à cause de son argent comptant! Si chacun de ces mots eût été un poignard, je les aurais enfoncés dans son cœur avec plaisir. Mais je ne vous raconterai pas dans quels accès d'extravagance je tombai en cette occasion. La source de mes larmes était presque épuisée quand mou mari revint; mais mes yeux gonflés en offraient des traces remarquables. Il se jeta sur sori fauteuil avec beaucoup

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J humeur-, et nous gardâmes longtemps le silence. A la fin i! me dit d'un ton impérieux ; J'espère, madame, que vos gens ont fait tous vos paquets, car la voiture sera prête à six heures du malin. Ma patience fut mise «lors à bout par cette provocation, et je répondis : Non , monsieur , voici encore une lettre qui n'est pas empaquetée ; et la lui jetant sur la tal)le, je me mis à l'accabler des reproches les plus amers.

« Je ne saurais dire s'il fui retenu par le sentiment de sa faute, par la honte ou par la j)rudence; mais quoiqu'il soit le plus violent des hommes, il ne se mit pas en fureur en cette occasion; il tâcha au contraire de m'apaiser par les moyens les plus doux; il jm-a que la phrase de la lettre dont je me plaignais principalement, n'était pas de lui, et qu'il n'avait jamais rien écrit de semblable. Il avotiail cependant qu'il avait fait mention de son mariaf^e, et de la préférence qu'il m'avait donnée; mais il nia avec une foule de serments, qu'il en eût jamais donné une raison pareille; et il s'excusait d'en avoir même fait mention, sur

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l'embarras où il se trouvait pour avoir de l'argent; embarras provenant, disait-il, de ce qu'il avait négligé trop long-temps les terres qu'il avait en Irlande : et ce motif, ajouta- t-il, qu'il n'avait pu prendre sur lui de me découvrir, était le seul qui l'avait fait insister si fortement sur notre voyage. Il employa alors les expressions les plus tendres, me fit les caresses les plus passionnées, et s'épuisa en protestations de l'amour le plus durable.

«c II y avait une circonstance qui, quoiqu'il ne la relevât pas, fut cependant d'un grand poids pour moi, et plaida en sa faveur:ce fut le mot douaire, qui se tiouvait dans la lettre du tailleur, d'autant plus que ma tante n'avait jamais été mariée; or, c'était ce que M. Fitzpatrick savait bien. M'imaginant donc que cet homme avait sans doute employé ce mot de lui-même, ou sur quelque ouï-dire, je me persuadai aisément qu'il s'était également permis l'odieuse phrase sans avoir une meilleure autorité. Quel pauvre raisonnement, ma chère! mais n'étais -je pas plutôt un avocat qu'un juge?.... Pourquoi rappellé-je celte circonstan-

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