LIVRE XI. 23 I
lution de ne pas donnei' le plus léger prétexte à la médisance. Et cependant, ma chère, il y a des gens si méchants, il y a des langues si envenimées, que l'innocence même lue peut leur échapper; le mot le plus vague, le regard le plus indiflerent, la moindre familiarité, la liberté la plus innocente, sont mal interprétés, aggravés, changés en je ne sais quoi par certaines personnes. Mais je méprise, ma chère Graveairs, je méprise toutes ces calomnies ; ce genre de méchanceté ne m'a jamais donné, je vous assure, un seul moment de trouble ni d'inquiétude. Non, non, je vous j)roteste que
je suis au-dessus de tout cela Mais où en
élais-je? laissez-moi m'en souvenir. Je vous disais que mon mari était jaloux... et de qui, je vous prie?,.. De quel autre que du lieutenant dont je vous parlais tout à l'heure? Il fut obligé de se reporter à un an et par-delà pour trouver un prétexte à cette passion que rien ne pouvait justifier, si toutefois il la sentit réellement et ne fut pas un impudent hypocrite, pour s'arroger le droit de nie maltraiter.
« Mais je vous ai déjà fatiguée de trop de
aSst TOM jo>:es,
détails, je vais maintenant me hâter de terminer mon histoire. En un mot, après beaucoup de scènes qui ne valent assurément pas la peine d'être répétées , et dans lesquelles ma cousine prit mon parti avec tant de courai,'e , que M. Fitzpatrick finit par lui faire fermer sa porte, quand il vit que ni par prières ni par menaces il ne pouvait m'amener à ses lins, il prit avec moi les mesures les plus violentes. Vous en concluerez peut-être qu'il me battit : mais quoiqu'il en ait été très-près, il ne se le permit pas. Il me renferma dans ma chambre, sans me permettre d'avoir plume, encre, papier ou li\re. Une servante seulement venait tous les jours faire mon lit , et m'apportait à manger.
« Après une semaine de prison , il me fit une visite ; et prenant le ton d'un maître d'école, d'un tyran, il me demanda si je voulais céder. Je répondis très-courageusement que je mourrais plutôt. «Eh bien donc, vous mourrez, et que le diable vous emporte, s'écria- t-il, car vous ne sortirez jamais vivante de cette chambre.