LIVRE XI, CHAPITRE III. I9S
^ur qu'elle songeât seulement à lai chereber d'autre mérite. On lui en crut pourtant bletitôt un autre, et celui-là les fit présumer tous : il parut amoureux d'elle. Ses assiduités devinrent en effet si remarquables, que tout le moiide, ainsi qu'elle, le crut, et en parla d'une façon qui n'était pas des plus hoiio^ râbles pour la dame.
Quant à moi, JQ ne supposai à M. Fitz- Patrick qu'un but assez vulgaire, c'est-à^ dire celui de s'approprier la fortune d'une femme par la voie du mariage : car je ne pouvais imaginer que les appas de ma tante pussent produire aucune intention criminelle; mais quant aux charmes dignes de toucher un amant peu riche, je l'en trouvais abondamment pourvue.
Les petits soins et les égards respectueux dont il m'accablait en toute occasion, servirent encore à fortifier cette idée. Je ne les attribi^ais qu'à l'envie qu'il avait de diminuer, s'il était possible, l'éloignement que je devais naturellement avoir pour un ma^ riage dont mes intérêts ne pouvaient que beaucoup souffrir. Il semblait, en un mot»
n*oser porter ses désirs jusqu'à la tante, que de Taveu tacite de la nièce; et les politesses que ce but supposé m'attiraient, flattaient d'autant plus mon amour-propre, qu'il n'était pas accusé d'en être trop prodigue, même envers ceux qui^ar leur rang, semblaient en mériter davantage.
J'ignorais donc, en vérité, que M. Fitz- Patrick étudiât tous mes mouvemens. Il ne lui en échappait pourtant aucun ; et des qu'il s'aperçut que j'étais sensible aux attentions qu'il voulait bien avoir pour moi, je vis du changement dans ses manières, et surtout quand nous nous trouvions seuls ensemble.
Que vous dirai-je, ma chère Sophie? Je connus qu'il m'aimait... et sa passion était si tendre.... Que l'aveu vous en plut, interrompit Sophie. Et pourquoi donc en rougir?
ajouta-t-elle, en soupirant : nous serons tou' jours dupes de la tendresse que les hommes savent jouer bien mieux que nous.
Il est vrai, répondit la cousine : les hommes qui, en toute autre affaire, n'ont pas le sens conamun , sont autant de Machiaivels en fait d'amour ; et plût au Ciel que j'en fusse moins
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convaincue !... Quoi qu'il en soit, ce prétendu secret servit bientôt de texte à toutes les conversations de Bath ; quelques dames charitables allèrent même jusqu'à affirmer que M. Fitz-Patrick était également bien avec la tante et la nièce.
Ce qui vous surprendra pourtant le plus, c'est qu'elle ne vit rien de tout ce qui frappait les yeux de quiconque les jetait sur nous. On croirait presque que l'amour est doublement aveugle chez les femmes d'un certain âge, et surtout chez les prudes : car, quoique ma tante nous surprît souvent, son amant et moi, en revenant de la fontaine, la moindre douceur, la moindre plainte qu'il pût former de son absence, suffisait à l'instant pour dissiper tous les soupçons qu'elle eût pu concevoir. Le succès d'un de nos artifices fut admirable. M. Fitz-Patrick était convenu avec moi, quoique j'eusse à peU près dixhuit ans, de me traiter toujours comme Un enfant en sa présence; et ma tante s'imagina si bien qu'il fallait que cela fût, puisque son amant le pensait ainsi, que peu s'en fallut qu'elle ne me remît à la lisière.
Que vous dirai-je, encore un coup, chère Sophie? Il faut vous l'avouer, j'aùnai M. Fib- Patrick:Je fus flattée de ma conquête; je fui charmée de l'emporter sur ma tante; je triomphais de me voir préférée k tant d'aaires femmes cjue je croyais extrêmement jalouses de mon sort.
Tout Bath alors se déchaîna contre moL Quelquesjeunes femmes refusèrent même de me^voir davantage, et feignirent de me mépriser, peut-être mmnsi cause des soupçons qu'elles pouvaient avoir conçus do ma conduite, que pour. m'écarter des compagnies où leur objet chéri eût peut-être pu o'avoïr des yeux que pour une autre. Je sois pourtant ici forcée, par un sentiment de reconnaissance, de vous rapporter un discours que me tint M. Nash, et dont j'aurais à m'applaudir d'avoir mieux suivi les conseils. ËcouteE, mon enfant, me dit~il un jour en me tirant à l'écart ; je suis fâché de voir la familiarité qui subsiste entre vous et un drôle qui ne peut que vous perdre. QuRot à votre vieille folle de tante, je serais enchanté, sans l'intérêt de Sophie et le vôtre) de la voir