‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 3)Chapitre 147 sur 165 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Couversation de Jones et de M. Powling.

Monsieur Dowling, en remplissant le verre de notre héros, porta d'abord la santé de M. Alworthy. Il ajouta, quel(]ues raomens après : Si vous le permettez, Monsieur, nous boirons à celle de M. Blifil , son très-digne héritier , jeune gentilhomme de très-grande espérance, et pour qui j'ai conçu la plus haute estime.

Je suis convaincu, répondit Jones, que votre intention n'est pas de m'offenSer; mais vous associez très>mal les gens : l'un fait honneur à Thumanité , l'autre est un misérable qui mérite à peine le nom d'homme. N'en parlons plus, de grâce.

Dowling, frappé de cette réponse, lui dit qu'il les avait crus tous les deux également estimables. Quant à M. Alworthy, ajouta-t-il , je n'eus jamais le bonheur de le voir; mais l'excellence de son caractère est

connue partout. A l'égard de son neveu, je ne l'ai jamais vu qu'une fois, lorsque j'allai lui annoncer la mprt de'sa mère. J'avais tant d'affaires alors, et j'étais si pressé de repartir, qu'à peine ai-je eu le temps de l'entretenir deux minutes; mais il m'a paru si poli, que je le croyais, je vous jure , un trèsaimable cavalier.

Je ne m'étonne pas, répliqua Jones, que ce jeune homme vous ait séduit : c'est un démon pour la malice; et vous eussiez pu vivre long -temps avec lui sains pénétrer toute la noirceur de son caractère. Nous fûmes élevés ensemble; et c'est enfin à mes dépens que j'ai connu toute son infamie. II est vrai que je ne l'aimais guère :il manquait, selon moi, de cette franchise de cœur que j'imagine être la base de tout ce que l'humanité a de noble et de grand. Je méprisais en lui cet intérêt personnel et cet excès d'amour-propre; perpétuels ^lotifs de toutes ses démarches. Mais je conçois très- netten»ent combien le lâche abusait de mon trop peu de défiance, et par quel tissu d'artifices il m'a perdu sans espoir de retour.

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