CHAPITRE XII
Suite de rhistoire 'de THomme de la Montagne.
Mon associé me fit alors entrer dans un nouveau train de vie. Il m'initia dans la confrérie de tous les escrocs de la ville ; et je m'attachai si bien à leur plaire, que je fus bientôt instruit de la plupart de leurs secrets: j'entends de ces tours ordinaires , de ces finesses d'usage pour dépouiller le vulgaire des dupes ; car il en est d'un genre plus sublime, et réservés aux profès de la société, à ceux enfin qui, par la sagesse de leur conduite, ont mérité d'être à la tête de la profession. Ce degré d'honneur était au delà de mes espérances ; j'avais trop de penchant pour le vin , et le feu naturel de mes passions m'interdisait les grands succès dans un art qui exige autant de sangfroid que l'étude de la philosophie la plus
profonde.
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sa TOM JOilES.
M. Watson, avec qui je vivais dans la i^\ ^^^ grande intimité, avait à peu près lesmérk^^ faiblesses : en sorte qu'au lieu de Ton ^^^ solidement sa fortime , comme la plupj/-/ ic ses camarades, il élatt altemnt|vemeDt rk'lie et i^eux, et souvent dans le cas, lorsqu'il jouait au cabaret, de restituer en un quart d'heure tout le bulin qu'il avait fait pendant bult jours sur les dupes de sa connabsance.
Notre société dura pourtant deux ans, pendant lestiuels j'éprouvai toutes les vicissitudes de la fortune ; aujourd'hui nageant dans l'abondance, le lendemain ré- . .duit aux expédiens les plus extrêmes; le malin vêtu comme un duc, le soir comme un cocber.
Un jour, en revenant du jeu, où j'avais été ruiné de fond en comble, le bruit d'une populace en rumeur, et qui courait en foule dans une petite rue voisine, me tira de ma rêverie. Je ne craignais pas les filous; curieux seulement des causes de cette rumeur, je suivis le torrent: C'était un bomme tpû venait, disait-on, d'être attaqué et blessé par
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des voleurs : il était couvert de sang, et paraissait se soutenir à peine. Malgré tout mon dérèglement, Thumanité me retrouva sensible : Tétat de ce malheureux me toucha; je courus lui offrir mes services. Il me pria, en me remerciant, de le conduire au cabaret le plus voisin, et d*y faire appeler un chirurgien. Je le pris dans mes bras : la taverne où nous tenions nos assises ordinaires se trouvait la plus voisine; je Ty fis entrer. Le hasard y avait amené un chirurgien que je priai de visiter ses plaies, et j'eus le plaisir de lui entendre assurer qu'elles n'étaient pas mortelles.
Le chirurgien, après avoir achevé le pansement avec autant de promptitude que d'adresse, xlemanda au blessé en queV quartier de Londres il demeurait Celui-ci répondit que n'y étant arrivé que le matin même , il avait laissé son cheval à une auberge, dans Piccadilfy; qu'il n'avait pas encore pris d'autre logement, et qu'il n'avait presque aucune connaissance dans la ville.
Cet honnête chirurgien, dont le nom ne me revient pas maintenant, quoiqu'il com-
mence par un R % supérieur dans sa profession, ami des humains ses semblables, et toujours prêta les secourir, offrit son carrosse au malade pour le conduire à son hôtellerie, et lui dit en même temps à Toreille, que s'il manquait d'argent il en avait à son service.
Cet accident ne fut d'abord attribué qu*à Textrême quantité de sang que l'étranger avait perdu. Je fus le seul qui ne s'y trompa point. Malgré mes longues dissipations , la nature me retraça dans le moment des traits que je chérissais encore. Je me précipitai sur l'inconnu: ses lèvres pâles et livides, son front glacé par le froid de la mort, tout fut en un instant couvert et réchauffé par mes vives caresses.
Je tire le rideau sur une scène que je voudrais en vain décrire. Je n'avais pas encore, ainsi que l'inconnu, totalement perdu connaissance; mais la surprise et l'effroi que causèrent à la fois dans mon cœur une ren-
■ On sent ici la finesse arec laquelle l'auteur anglais loue un chirurgien qui lui a probablement rendu quel« qnes services.