‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 3)Chapitre 49 sur 165 · LIY&B VIII, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIY&B VIII, CHAPITRE XII

contre aussi frappante qu'imprévue, agirent tout à coup si puissamment sur moi, que j'ignore totalement ce que je devins à mon tour, jusqu'au moment où, me sentant pressé par les embrassemens les plus tendres, je me trouvai dans les bras de mon père.

Plus cette reconnaissance intéressait Tassemblée , et plus TafiQuence des spectateurs gênait les acteurs principaux. Nous ne songeâmes qu'aux moyens.de nous en débarrasser. Mon père ne se fil plus presser d'accepter la voiture du chirurgien ; je le suivis à son auberge.

Dès que nous fûmes seuls, il me reprocha tendrement l'oubli que j'avais fait de lui, ne me dit rien de mon crime ai Oxford^ m'annonça la mort de ma mère, et me pressa de retourner avec lui dans Ja province. L'incertitude de votre sort, ihè dit- il en soupirant, n'a fait que trop long- temps le supplice de ma vie; j'ignore même, hélas ! si j'ai plus craint que je n'ai souhaité votre mort.

Il m'apprit qu'un gentilhomme de notre

voisinage avait depuis peu ramené son fils

de Londres ; que c'était par lui qu'il avait

su le genre de vie (]ue j'avais embrassé, et que l'espoir seul de m'en retirer avait élé l'objet de son voyage. I) bénissait enfin le Ciel de l'accident fatal qui avait menacé sa vie, puisqu'il avait la consolation delà tenir de moi, et celle de retrouver dans son fils dei «enlimens d'humanité mille fois plus chers à son cœur que tous les devoirs que j'eusse pu lui rendre s'il (jùt élé mieux connu de moi.

Je n'étais pas assez totalement perverti pour n'être pas sensible aux bontés d'un tel père: moins je m'en sentais digne, plus mon cœur en était allendrï. Je consentis à tout; et la joie de ma conversion , jointe aux soins assidus de l'habiU homme qui avait entrepris sa guérison, le mit en peu de jours en état de soutenir la fati!;;ue du voyage.

Je n'avais pas quitté mon père pendant sa maladie. Je sortis, la veille de notre départ, pour aller prendre congé de mes amû, et surtout de M. Watson, qui s'épuisa en ' longs raisonnemens pour me détourner d'un devoir qu'il traitait de pure faiblesse. J'eus méBie à essuyer lei insipides railleries de tons ceux qu'il jugea à' propos d'ameuter'

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