‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 3)Chapitre 50 sur 165 · LIVRE VIII, CHAPITHE XII. ^i · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITHE XII. ^i

pour me dissuader, disait-il, de tomber dans un ridicule aussi pitoyable. Mais je tins bon; j'abrégeai les adieux; je courus rejoindre mon père, et je goûtai enfin le plaisir de revoir ma patrie.

A peine y avais-je passé quinze jours ^ que mon père me sollicita de m'y fixer par un mariage avantageux, dont il était le maître. Mais un établissement de cette nature n'était pas compatible avec mes inclinations. Je n'avais déjà que trop connu l'aniour; et peut-être avez-vous déjà passé, ainsi que moi, par toutes les extravagances de cette passion aussi tendre que violente.... Ici le vieux solitaire s'arrêta un instant en regardant fixement Tom Jones, dont la physionomie , en moins d'une minute , changea six fois du blanc au rouge. Sur quoi l'ermite , sans paraître y faire attention , continua ainsi son histoire :

Sûr d'une vie aussi douce qu'aisée, je me plongeai de nouveau dans l'étude. Mes livres favoris étaient ceux des anciens et des modernes qui traitent de la vraie philosophie, science aujourd'hui décriée par bien

pa TOM JONES.

des gens, comme la chimère la plu-3 r-^^ et la plus ridicule. Je regardais cepencM. ^^jj^ les ouvrages d'Aristote et de Platon , %- /^ reste des trésors que nous a laissés Vanci^oiu/ Grèce, comme ce que Tesprit humain a pi| produire jusqu'à ce jour de plus parfait ejj de plus utile aux êtres pensans.

Ces auteurs, quoiqu'ils ne m'enseignassent::

aucun des moyens par lesquels les hommes puissent parvenir à la moindre opulence , ou acquérir la moindre autorité sur leurs semblables, m'apprenaient du moins à mépriser également l'une et l'autre de ces acquisitions.

Leurs principes , bien sentis et bien réfléchis, élèvent l'âme, lui donnent du ressort, l'endurcissent même contre les coups de la .

fortune. lis nous instruisent non- seulement dans la science de la sagesse, mais ils confirment l'homme dans l'habitude du bien; ils lui répètent sans cesse que la probité seule doit être son guide, s'il prétend jamais parvenir en ce monde à quelque état heureux :

en préparant enfin son âme à tous les maux de cette vie, ils la disposent à n'en être jamais accablée.

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