CHAPITRE III
Grande découverte.
Dis que la femme de chambre eut mis sa demoiselle au lit, elle retint dans la cuisine, et demanda à souper. Celle-ci était aussi difficile à contenter que sa maîtresse Tétait peu : elle critiqua tout, trouva tout détestable, et s'empara seule du feu, sans égards pour M. Partridge même, à qui l'on eut grand'peine à en ménager un petit coin.
Elle mangea pourtant, et but de même, c'està-dire beaucoup; puis, en s'humanisant par degrés vers la fin du repas, elle interrogea l'hôtesse sur le monde qu'elle avait actuellement dans sa maison.
Cette femme, très-mal édifiée des airs de la soubrette, saisit l'occasion de lui prouver que cette même hôtellerie , pour laquelle on avait d'abord marqué tant de mépris, était pourtant remplie de gens de condition. Elle
l44 TOM JONES.
en grossit la listé avec emphase, et ne manqua pas de citer, parmi ses hôtes, M. AJworthy, fils et héritier du fameux Squire Alworthy , du comté de Somerset.
Vous m'apprenez, dit la femtne de chambre étonnée, une étrange nouvelle. Je connais M. Alworthy, du comté de Somerset; Hiais je ne lui connus jamais de fils«
Vous me pardonnerez. Madame, lui dit Partridge un peu déconcerté... tout le monde le connaît pour son fils, quoiqu'il n'ait pas ce qu'on appelle épousé la mère.... Mais il n'est pas moins certainement son fils, et ne sera pas moins certainement son héritier, qu'il est certain que son nom est Tom Jones.
A ces mots, la femme de chambre laissa tomber le morceau qu'elle portait à la bouche , et s'écria : O Ciel I est- il possible que M. Jones soit actuellement ici?.. Quare non?
répondit Partridge : la chose est non-seulement possible, mais elle est vraie.
La suivante, sans dire un mot de plus, acheva promptement son souper, et remonta, en courant, chez sa maîtresse.
Madame!.... Madame! s'écria- t-el le en