‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 3)Chapitre 80 sur 165 · LIVRE X, CHAPITRE III. l · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE III. l

cnlrant... devinez, devinez, s'il est possible, qui est couché sous le même toit que vous?

Sophie , car c'était elle-même , épouvantée et sautant à bas de son lit , s'écria d'une voix entrecoupée ; Dieu ! serait-ce mon père?...

Rassurez-vous, Madame, lui dit Honoi^ en souriant; c'est bien autre chose qu'un père : c'est M. Jones ! c'est lui-même qui est dans la maison... M. Jones ! interrompit So^ phie en rougissant : cela n'est pas possible... Hélas ! je serais trop heureuse.

Le fait ayant été attesté par la femme de chambre.... Cours, vole, va le chercher, chère Honora , lui dit Sophie : je veux le voir dans l'instant même.

Honora avait à peine quitté la cuisine pour aller retrouver sa maîtresse, que celle du logis avait donné carrière à sa langue sur son chapitre : la pauvre femme, qui s'était trop long-temps retenue, avait le cœur si gros, qu'elle ne crut pas devoir perdre l'occasion de le soulager. Partridge, qui se trouvait dans les mêmes dispositions, Rt chorus avec elle, et , ce qui surprendra peut-être le lecteur, poussa sou ressentiment contre

ir. i3

l46 TOM JOWES.

la femme de chambre jusque sur la maîtres; même. L'une, disait- il, était plus aimabU mieux vêtue et plus polie que, l'autre; ma toutes deux , à les bien priser , ne valaiei pas grand argent. C'étaient, au plus, deu aventurières de Bath, forcées peut-être d'à 1er chercher fortune ailleurs, n'étant pj naturel, suivant lui, que des femmes de qui lité courussent ainsi la nuit sans dômes

tiques Dieu me pardonne ! interromp

l'hôtesse, je crois que vous avez raison jamais femme de qualité n'arriva dans un hôtellerie sans commander un bon soupei dût-elle être sûre de n'en pas manger u morceau.

Tels étaient leurs propos , lorsqu'Honoi vint s'acquitter des ordres de Sophie, e priant l'hôtesse d'envoyer éveiller Jones, < de lui dire qu'une dame qui venait d'arr ver avait à lui parler. Adressez-vous à moi sieur, répondit l'hÔtesse , en montrant Pai tridge; il est l'ami de M. Jones : ce que voi exigez de moi n'est pas de mon métier , et je vous donne le bonsoir.

Honora s'adressa à Partridge, et n'en fi

LIYAE X, CBUPITBK III. ll^'J

pas mieux accueillie. Mon ami, dit-il, s'^st couché fort tard, et trouverait fort mauvais qu'on le réveillât.. Il en sera ravi, répondit Honora; c'est moi qui vous le jure.... En tout autre temps peut-être, repartit l'autre; mais maintenant, non omnia possumus omnes. Il est occupé, \ous dis-je.... et très-occupé. Et avec qui donc, s'il vous plaît? interrompit la femme de chambre. Eh mais !... avec une autre femme, apparemment, lui dit Partridge... Que veut dire ce drôle-là, avec une autre femme ? s'écria Honora tout émue...

Point de drôle, s'il vous plaît, ma mie, s'écria Partridge irrité; je sais ce que je dis : apprenez à faire de même; et allez rendre compte du succès de votre message.

Honora , furieuse et indignée des propos de Partridge, bien moins honnêtes encore que nous ne les rapportons, remonta tout enflammée chez sa maîtresse, à qui, loin de rien déguiser de ce qu'elle venait d'apprendre, elle exagéra la matière, et n'épargna rien pour la détacher d'un amant si peu digne d'elle. L'ancienne histoire de Moly fut même rappelée, et ornée de toutes les

l48 TDK lORES.

circonstances qu'Honora crut tes plus pables de piquer sa maitresse contre un Kdcle qui l'avait toujours trompée.

Miss Western était trop abattue p songer à opposer une digue au torrent ' loquence de sa femme de chambre. Elle tcrrompil pourlant..,. Je ne puis croire ( horreur, lui dit-elle : c'est quelque cal niateur qui noircit ici mon amant.... £ prétends qu'il se dit son ami ! Ah ! vit-oi mais l'amitié trahir des secrets de ce geni

Tandis que Sophie, déchirée par se certitudes, ne savait plu>> que croire ni faire, Suzannëétait arrivée dans sa char avec le chaudeau commandé. Uonori avertit sa maitresse, en lui conseillant bas de sonder cette fille , qui probable) pouvait l'instruire de la vérité. Sophie prouva cetleidée; elle interrogea doucei Suzanne, qui, au moyen dequelques gui' et d'une promesse solennelle qui lui fut do n'en rien dire à sa maîtresse, révéla ce qu'on voulut, c'est-à-dire beaucoup de choses que la triste Sophie ne com en apprendre.

Page 1