‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 3)Chapitre 96 sur 165 · LIVRE X, CHAPITRE VII. I · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE VII. I

d'un jeune gentilhomme fait à peindre , qui aime madame Sophie Western de tout son cœur, et qui mérite également d'en être aimé.... Il aime ma maîtresse, dites- vous ?

Savez-vous bien, ma bonne?... Eh ! ma chère Honora, lui dit Sophie, ne vous emportez point contre elle : son intention n'est pas de me fâcher... Dieu m'en garde ! reprit Khôtesse, enhardie par la douceur des acçens de Sophie; Dieu m'en garde, Madame !

Cette femme partit de là pour enfiler un long et ennuyeux récit de tout ce qui était arrivé à Tom dans Thôtellerie, et de tout ce qu'elle disait avoir appris de lui. Plus d^un passage de cette narration eut droit de choquer miss Western, et plus encore sa gouvernante, laquelle ne manqua pas cette occasion de nuire au pauvre Jones, en le dénigt'ant dans l'esprit de Sophie , dès (ju'elles furent seules. Le joli galant! répétait-elle «\ chaque instant, avec un rire amer, qui prostitue le nom de sa maîtresse dans tous les cabarets de village !...

Sophie ne voyait pas l'imprudence de son amant d'un œil aussi sévère, et se trouvait

pcut-ctrc plus flattée de ces transports exagérés par Thôtesse , qu'elle n'était choquée (lu reste. Ces petites incartades lui paraissaient du moins partir d'un cœur aussi sincère que vraiment enivré de sa tendresse.

Cet incident, quoi qu'il en soit, rappelé dans la suite, et revêtu par Honora de couleur^ odieuses, ne servit pas peu à aigrir le ressentiment de Sophie contre Jones, lorsque l'aventure de l'hôtellerie d'Upton donna si beau jeu contre lui à la gouvernante.

Quelques lecteurs austères n'ont sans doute pas attendu jusqu'ici pour condamner la conduite de miss Western, et pour ne voir en elle qu'une de ces infantes de vertu équivoque, dont les amoureuses extravagances sont toujours plus dignes de mépris que de compassion légitime.

Ils seraient pourtant bien injustes. Sophie venait d'être si cruellement agitée par l'espoir et la crainte, par son devoir, par sa tendresse pour son père, par sa haine pour Bliûl, par sa pitié; et pourquoi n'avouerions - nous pas la vérité ? par son amour pour Jones... elle avait été, dis-je, si effrayée

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