‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 102 sur 170 · LIVRE V, CHAPITEE III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITEE III

grands yeux effarés sur Jones; Moly tremblante et la tête à demi cachée dans ses couvertures ; Jones, le bras levé, la bouche ouverte , voulant parler et ne sachant que dire, ne présentent qu'une faible esquiss^ de ce tableau.

Tom rompit enfin le silence par un long éclat de rire , et présenta très-poliment la main à M. Square, pour l'aider à sortir de sa retraite.

Celui-ci, rappelant toute sa vertu, plus forte encore que sa confusion, et regardant Jones d'un air grave : Vous triomphez. Monsieur! lui dit-iV; vous jouissez déjà de l'avantage que cet événement vous offre pour me noircir à votre gré dans l'esprit du public.

Je n'ai pourtant point corrompu l'innocence; mais les apparences sont contre moi, et je sens tout ce que je puis craindre. Si vous aviez moins droit de me haïr, j'oserais cependant.. Arrêtez (s'écria Jones)! laissezmoi du moins le mérite de prévenir votre demande, et de prouver combien la vengeance a peu d'attraits pour moi. Ce n'est pas vous qui m'offensez ici le plus; ne crai-

Ij6 TOM JONES.

gnez pourtantrien ni Tun ni l'autre. Agisse en bien avec cette fille, et soyez sûr de me silence. Vous, Moly, soyez s'il se peut fîdè à votre amant : j'oublierai dans ce cas voti inconstance 9 et vous pouvez même compti sur tout le bien que je pourrai vous faire.

A ces mots Jones, trop généreux pou attendre des remercîmens, part et rentr sans être vu chez son ami M. Western.

Page 1