LIVRE V, CHAPITRE VIT. IqS
mis successivement hors de combat, allait peut-être succomber dans une nouvelle attaque, où ils avaient réuni toutes leurs forces, lorsque deux des plus vigoureux poings de l'Angleterre parurent tout à coup dans la mêlée, et décidèrent la victoire en sa faveur. Tuakum et Blifil étaient déjà par terre, avant que Tom eut euie temps d'envisager le généreux guerrier qui venait de le secourir. Mais avec quels transports, avec quelle reconnaissance ne reconnut-il pas M. Western.
Ce gentilhomme , qui se promenait dans les environs avec sa famille^ avait entrevu de loin le combat de deux hommes contre un; il n'en avait pas fallu davantage pour le faire voler au secours du parti le plus foible.
Le reste de sa compagnie ne tarda pas à arriver sur le champ de bataille. C'était cet honnête ministre Supple, que nous avons vu dernièrement à la table de M. Alworthy, madame Western, tante de Sophie, et Sophie elle-même.
Le spectacle qui s'offrit à leurs yeux
n'était pas amusant pour des femmes. On voyait, d'un côté, le désastreux Blifil étendu sur la terre, pâle, etpresque sans sentiment; non loin de là, le victorieux Tom, couvert de sang, tant des ennemis que du sien; plus bas le grand Western, jetant un coup d'oeil de clémence sur le docteur palpitant à ses pieds, et pardonnant à l'ennemi vaincu.
On s'empressa d'abord à secourir les blessés; et Blifil, le plus mal mené de tous, commençait à reprendre ses sens, lorsqu'un spectacle bien plus intéressant encore attira d'un autre côté toutes les attentions de l'assemblée.
C'était Sophie, l'aimable Sophie ellemême, qui était tombée évanouie.
Tous les flacons alors sont épuisés; toutes les voix demandent de l'eau fraîche. Mais tandis que chacun s'agite et cherche vainement, Tom, qui se ressouvient d'un ruisseau qui coulait sur la gauche, prend Sophie dans ses bras, traverse en courant un champ de blé prêt à couper, se plonge dans l'eau, en verse abondanunent sur la malade, et la rend bientôt à la vie.