‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 115 sur 170 · LIVRE VI, CHAPITRE I. 20I · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE I. 20I

lui revinrent tout à coup dans l'esprit II ne lui en fallut pas davantage pour lui faire coDclure que M. Blifil était l'heureux ihortel qui faisait soupirer sa nièce.

La crainte cependant de compromettre avec trop de légèreté son jugement l'empêcha pendant quelques jours de faire part de sa découverte à son frère : elle ne s'y détermina qu'après avoir cru, par de nouvelles observations, tous ses soupçons changés en certitude.

M. Western fut enchanté de cette nouvelle : Blifil était l'héritier présomptif de M. Alv^orthy; M. Alworthy était très-riche, leurs terres se touchaient : rien n'était plus convenable que cette alliance ; on ne pouvait trop tôt la proposer.

Je crois avoir insinué déjà que. notre ami Western avait reçu de la nature un de ces ' caractères aussi impérieux qu'anlens, toujours disposés à céder aux premières impressions soit de la peine, soit du plaisir, et incapables d'observer jamais les gradations de l'une à l'autre.

A peine eut-il saisi l'idée de cette alliance.

d'où le bonheur de sa &lle lui paraissait dépendre, qu'il envoya inviter M. AlwordiT, convalescent depuis quelques jours, à venir ^ dîner chez lui. C'était un plaisir de plus pour M. Western, que celui de surprendre agréablement Sophie, en lui annonçant, quelques joursavantla noce, qu'il lui donnait M.Bliffl pour époux ; car il s'en fallait de cent lieues qu'il prévit le mcûndre obstacle à ce mariage, soit de la part de M. Alworihy, soit de celle de son neveu.

Le dîner où les deux familles se trouvaient rassemblées futtrès^gai, et ne fut pas plulAt fini, que M. Western attira l'oncle deBtifil dans une allée écartée du jardin, où il lui proposa tout franchement ce mariage.

M. Alworihy, quel que fût le brillant extérieur des. objets, était toujours en garde contre le premier coup d'œii. Quoique llatté de la proposition, il la reçut sans transport, et même sans émotion apparente; il se contenta de témoigner combien il était flatté de cette alliance. Il fit l'éloge de Sophie, remercia M. Western de la bonne opinioa qu'il voulait bien avoir de son neveu, et

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l'assura que si les jeunes gens avaient quelque inclination l'un pour l'autre, il ne souhaitait rien plus sincèrement que d'accomplir au plus tôt cette affaire.

La réponse de M. Alworthy déconcerta un peu le bouillant "Western, qui s'attendait à trouver plus de chaleur dans son voisin.

Le doute de savoir si les jeunes gens auraient de l'inclination l'un pour l'autre lui parut surtout extrêmement ridicule. Les parens, dit-il avec vivacité, sont les seuls juges de ce qui convient à leurs enfans. Quant h moi, je prétends que ma fille ra'obéisse; et si quelqu'un aVait a§sez peu de goût pour balancer à prendre une épouse telle que Sophie, je suis son humble serviteur... N'en parlons plus.

M. Alworthy essaya vainement de le calmer en l'assurant qu'il ne doutait pas que son neveu ne fut enchanté de ses offres, et très-prompt à les accepter : tout ce qu'il put tirer de l'impétueux gentilhomme fut une répétition cent fois réitérée de ses dernières paroles.

Le caractère de M. Western était trop bien

connu pour que M. Alworthy s'ofTensâl ses emportemens. Il était sûr d'ailleurs la réflexion et la nuit le ramèneraient raison. On parla d'autre chose; et 1*01 quitta le soir^ sans que personne se do de ce qui s était passé entre eux.

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