CHAPITRE III
Plus intéressant encore.
Dis que madame Western fut sortie de l'appartement de Sophie, Honora y entra, et trouva sa jeune maîtresse dans un état digne de compassion. Cette fille, qui n avait pas quitté l'antichambre pendant la scène qui venait de se passer entre la tante et la nièce, avait prêté l'oreille au trou de la serrure , et n'en avait pas perdu une syllabe.
Nouveau surcroît de confusion pour Sopbie, qui , se voyant à la merci de sa femme de chambre, fut obligée de lui dévoiler un secret qu'Honora savait déjà à peu près aussi bien qu'elle.
Cette fille, quoique bavarde, était sensible; elle aimait sa maîtresse, et nous avons déjà vu qu'elle ne haïssait point Jones. Elle se répandit en longs discours contre les pères assez injustes pour prétendre forcer
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rindinatioor de leurs enfans; plus vivement encore contre les gens qui , sans qu'on les en prie, sont toujours prêts à se mêler des affaires d'autna; chapitre où madame Western ne Alt point oubliée. Elle finit par exhorter Sophie à céder pour un temps à l'orage, en feignant de recevoir sans trop de répugnance les visites de M. Blifil; et promit à sa maîtresse de lui être fidèle, et de la servir an risque même de sa vie.
li'après-midi, M. Western, pour la première fois, décflara ses volontés à sa fille, en lui faisant valoir Tardeur avec laquelle il avait travaillé à la rendre heureuse, dès l'instant même où il avait été instruit de ses inclinaftions par madame Western.
Sophie, encouragée par les caresses de son père et par sa bonne humeur, allait risquer de lui apprendre combien sa tante s'était trompée dans ses conjectures, lorsque Ton annonça M. Blifil.
M. Western, après avoir embrassé fortement son futur gendre, se crut de trop dans cette première entrevue, et laissa les deux amans seuls.
$oa <lépart fut suivi d'un bon quartd'heure de silence : le jeune gentilhomme, parmi toutes ses bonnes qualités, était encore doué de cçtte embarrassante défiance de soimême, que Ton traite assez vulgairement de modestie, et qui nait communément d'an fond d'orgueil toujours uni au sentiment intérieur de notre insuffisance.
Ce n'est pas qu'il crût parler mal : mais dans le cas présent il voulait parler, et les mots se croisaient sur ses lèvres. Il gagna pourtant enfin assez sur lui-même pour articuler quelques lieux communs tournés en complimens guindés, et auxquels on répondit en regardant ailleurs, ou par quelques demi-révérences, et par autant de monosyllabes polis.
M. Blifil, fondé sur l'expérienee qu'il:
croyait avoir des femmes, et sur la bonne opinion qu'il avait de lui-même, interpréta favorablement le trouble de Sophie, qu'il regarda comme un aveu tacite des sentimens qu'il avait inspirés. Lors même queJSopliie, excédée de la longueur de sa visite, se leva pour passer dans une autre chambre, il ne