LIVRE VIjJCHAPITRE VIII. Îi
Le soir, la geôlière Honora lui glissa la lettre qu'elle avait reçue des mains du gardechasse. Sophie lalut très-attentivement deux ou trois fois de suite, et se jeta sur spn lit, en versant un torrent de larmes.
Honora, aussi ^fïligée que surprise des nouvelles douleurs de sa maîtresse, s'empressa de lui en demander la cause... O ma chère Honora! je suis perdue, s'écria la tendre Sophie. Je suis convaincue que tu m'aimes : c'est trop long-temps te cacher mon secret.... J'ai laissé surprendre mon cœur par un ingrat qui n'en était pas
digne Hélas ! il m'abandonne il me
trahit I
Ciel ! répondit la femme de chambre, se peut-il que M. Tom soit un perfide ?. . . Il l'est, il l'est sans doute ! Vois cette lettre, répliqua Sophie. M'abandonnerait-^ il, me prierait-il d'oublier jusqu'à son nom même, s'il m'eût jamais aimée ? L'aurait-il pu penser ?Aurai^il pu me l'écrire à moi-même ?...
Et bien. Madame, il faut l'oublier, interrompit Honora ; il faut vous en venger çn vous donnant à M^ Blifil. Il convient fort
a;|6 TOM JOiTEs.'
à un drôle tel que ce M. Jones, à un sérable bâtard, dont le père même n'est encore trop bien connu, d'oser manqu ma maîtresse! lui qui n'était pas digi Arrête ! lui dit Sophie avec aigreur, at tes blasphèmes, et garde-toi de jamais] noncer son nom devant moi, qu'avec pect... Lui , me manquer jamais ! Juste ( que je suis injuste I Son cceur, son t cœur a plus souffert, en éciivant ces i cruels, que je ne souffre moi-même ei lisant... Tout estvertu, tout est généro tout est noblesse en lui. Ah ! que je rougir de ma faiblesse, quand je conda ainsi ce que je devrais admirer!... Cl Honora, le croiras-tu ? c'est mon seol i rét qui le guide; c'est à moi qu'il se sacr qu'il s'immole lui-même... La crainte d' un obstacle à mon bonheur l'a jeté du désespoir!
Je suis channée, dit Honora, qu'il senti , et que vous-même enfin sentiez s combien cette crainte est fondée. H'aui il pas été bien triste, n'aurait-il pas été c de vons voir risquer de vous perdre p
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eune aventurier chassé de chez son 'aiteur, et chassé, dit -on, sans un
tassé! s'écria Sophie, en frémissant., ntends-je ? Explique-toi.
)nora hii dit alors ce qu'elle avait aplans le village du bannissement deTom s, fondé sur la hardiesse qu'il avait eue )rtet ses vœux jusqu'à la fille unique de Vestem; ce qui avait tellement fâché Uworthy, qu'il avait mis Jones à la iy sans lui avoir donné seulement un
est donc moi , dit Sophie en sanglot» c'est moi qui cause sa ruine !... Chassé un denier !... Vite, vile I chère Honora; ds tout ce que je puis donner... Voilà nontre, mon collier... Tiens, prends re mes bagues... Cours, vole, et gardee revenir sans avoir remis le tout à ce re exilé.
>nora, qui craignait que M. Western
li demandât compte des bijoux de sa
se jeta aux genoux de Sophie , pour
^présenter les conséquences de sa libé-
ralite, ainsi que le danger certain qui les menaçait toutes deux, et peut-être son amant même, au cas qu elle fut sourde à de si justes remontrances.
Eh bien ! prends donc tout mon argent, lui dit Sophie : n'en réserve pas une obole; fais en sorte de trouver cet infortimé, et de le lui remettre... Hâte-toi; cours, te dis-je; tu n'as déjà perdu que trop de temps.
La tendre amante fut obéie. Honora , qui retrouva George dans le château, lui remit une bourse contenant environ sei^e guinées ' : c'était tout ce que possédait miss Western ; car, quoique son père ne lui refusât rien, Sophie était trop généreuse pour beaucoup amasser.
George se sentit encore vivement tenté de garder cet argent; mais la crainte que son larcin, dont il subsistait deux témoins, ne fût un jour découvert, ou peut-être (prenons le parti le plus honorable pour l'humanité) un mouvement de compassion pour l'état actuel de Jones, l'emporta alors surla
■ La guinée vaut à peu près un louis d'or>