‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 158 sur 170 · LIVRE VII, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE VII

régiment, était son ennemi secret. Ce n'est pas non plus que le lieutenant Teût offensé , ni qu'il négligeât jamais ses moindres devoirs : mais il avait une épouse aimable; il en était aimé, et elle avait assez peu d'usage du monde pour ne pas sentir que l'avance^ ment de son mari dépendait d'un peu plus de complaisance pour les attentions marquées que le colonel avait depuis long- temps pour elle.

Le pauvre lieutenant était en ceci d'autant plus malheureux, que, tandis qu'il souffrait journellement de l'inimidé de son colonel, il ne savait ni ïie se doutait pas qu'il en fut secrètement haï ; et sa femme , trop prudente pour exposer son mari aux suites d*unc confidence si délicate, se contentait d'être vertueuse, sans viser à la gloire de l'être avec éclat.

Les autres of&ciers de la compagnie qui marchaient avec lui étaient au nombre de trois : un second lieutenant , Français d'origine, depuis assez long- temps sorti de son pays pour en avoir oublié le langage, et trop nouveau venu en Angleterre pour avoir bien

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appris le nôtre; deux enseignes, tous deux très-jeunes, l'un ci-devant clerc de procureur, l'autre fils de la femme du valet de chambre d'un homme de qualité.

Le dîner fut gai ; on y but beaucoup. Les enseignes, tous deux fort vains, fort sots, également impertinens, parlant toujours, ne disant rien, jurant pourtant aussi doctement que de vieux grenadiers, entreprirent Tom à frais communs. Notre héros, très-neuf dans ce genre de conversation, y brillait d'autant moins, que les juremens n'étaient point de son goût, et qu'il cherchait à répondre sensément à des propos qui lui faisaient pitié , mais que la complaisance qu'il croyait devoir à ses chefs, en qualité de nouveau venu, ne lui permettait pas de mépriser ouvertement D'ailleurs, le respect qu'il vivait naturellement pour \ la religion lui faisait supporter impatiemment les railleries grossières de l'un des deux enseignes contre les gens d'église; et le zèle lui inspirait quelquefois des réponses un peu plus vives qu'il ne le croyait

L'un de ces officiers ( c'était l'Anglais, «t

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»pelait Noriherton) ne tarda pas à s'en er piqué, et d'autant plus que le lieut était toujours de l'avis de Jones. Il lula pourtant son ressentiment, en lant l'occasion de le faire éclater à re de quelque motif plus apparent.

i santés vinrent; on les solenuisa à l'an- ; et le tour de Tom arrivant, il ba-

d'autant moins à porter celle de sa

Sophie, qu'il n'imaginait pas qu'elle tre connue d'aucun des convives, lis le lieutenant, en cette occasion -maître des cérémonies, ne se troupas satisfait du seul nom de Sophie, et

exigé le surnom de cette demoiselle, , après avoir hésité un instant, nomma >ophie Western.

i choses étant en règle, on allait boire, le l'enseigne Northerton déclara à

voix qu'il s'opposait à ce qu'une pasanté fût bue en même ronde que celle ivait portée. Je la connais, s'écria-t-il , Sophie; nous l'avons vue aux eaux de

cent autres, que je pourrais nommer, inaissent bien mieux encore, et c'est

!l96 TOM JONES.

certainement la même.... Vous vous trompez , interrompit Tom 9 d'un air ému et d'un ton menaçant ; vous vous trompez , vous dis-je... celle dont je vous parle est une fille aussi respectable par son nom que par sa fortune.

£h, justement! c'est elle-même , répliqua l'enseigne : va , six bouteilles du plus fin Bourgogne, que Tom Frencb, ofïïcier de notre régiment, peut la faire venir partout où nous voudrons l'avoir. Notre homme, en partant de là, traça le portrait de Sophie, et d'autant plus ressemblant, qu'il l'avait effectivement vue à Bath avec sa tante, et termina son discours par dire que le père de cette même fille avait de très-grands biens, dans le comté de Somerset. [|

Ce dernier point est vrai, répliqua Jon et aussi vrai que vous êtes le plus impudei et le plus infâme coquin que la terre ait p duit

Ces mots étaientà peine prononcés, qu' bouteille des plus lourdes vole à trave table, vient frapper Jones à la tête, renverse aux pieds du lieutenant

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