‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 47 sur 170 · LIVRE III, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE I

appartenante à M. Alworthy, puisqu'elle était originaire de son territoire; mais il nia si fermement, quoique après avoir un peu hésité^ qu'il eût aucun compagnon avec lai, que M. Alworthy l'en aurait cru sans doute, si le gentilhomme et son laquais n eussent point persisté avec serment dans leur accusation.

Le garde-chasse, dont la réputation était déjà plus que suspecte , fut mandé sur-lechamp; mais, ^ûr de la parole que Jones lui avait donnée de tout prendre sur son compte, il protesta, sans balancer, qu'il était innocent.

Mais M. Alworthy, après avoir vivement pressé Jones de confesser la vérité d'un fait qu'il était résolu d'approfondir, indigné epfin d'une obstination dont il n'était pas la dupe , le renvoya avec colère, en lui donnant jusqu'au lendemain matin pour faire ses réflexions , et en l'avertissant qu'un autre juge plus sévère irait alors l'interroger.

Le pauvre Tom dormit très-peu. Sa plus grande terreur n'était pas celle du çhâti-

ment ; il craignait d'être trahi par son courage, et de se voir forcé de manquer à ce qa'il avait promis an garde-chasse , dont la fortune dépendait de sa fermeté.

Dès le matin , le révérend M. Tuakum, à qui M. Alworthy avait confié l'éducation des deux jeunes gens , vint gravement renouveler l'interrogatoire de la veille, et reçut les mêmes réponses , dont le résultat fvLt' nae correction si sanglante que tout autre que Jones y eût sans doute succombé.

Il la soutint avec constance , très-déf erminé à se voir écorché vif plutôt que de trahir son ami.

M. Alworthy, qui s'aperçut bientôt, par les discours du précepteur, outré de n'avoir pu parvenir à vaincre son disciple, que cet homme avait poussé la sévérité au delà de ses intentions , finit par plaindre le petit orphelin, par croire que le gentilhoname accusateur pouvait s'être trompé, et que le domestique de celui-ci pouvait n'avoir parlé que par complaisance pour son maître.

£t comme la cruauté ainsi que l'injustice étaient deux idées dont ce digne seigneur

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