‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 6 sur 170 · DE L AUTEUR ANGLAIS. XUJ · texte numérisé non relu

DE L AUTEUR ANGLAIS. XUJ

1} semble jusqu'ici n'avoir fait , pour ainsi dire , que préluder, > ou qu'essayer ses forces , avant que d'entreprendre un tofbleau où les différentes qualités de son génie pussent avantageusement se déployer dans toute leur vigueur; où son imagination dût nous frapper, nous ravir et nous intéresser par la vérité des traits et des couleurs ; où son esprit , par la justesse des allusions ; où son invention , par l'assortiment , les contrastes et la variété des caractères; où son jugement enfin put se faire admirer, et par la contexture de l'ensemble, et par la convenance des parties. C'est la palme après laquelle il aspirait , à laquelle il a presque atteint dans son Joseph Andrews , et quMl a depuis si glorieusement remportée dans son Tom Jones.

On peut distinguer, dit M. Murphy, trois périodes remarquables dans la marche, ainsi que dans les progrès du génie de M. Fielding : Tune, en partant du moment où il prit tout à coup l'essor, avec une chaleur supérieure à celle dont il avait jusque-là paru susceptible , ainsi que le soleil du matin, qui plaît, échauffe, mais sans brûler ; l'autre , au moment où ses forces réunies se sont déployées dans toute leur perfection, ainsi que le soleil dans sa majesté du midi , avec ses feux les plus ardens et toute sa splendeur; la troisième , quand ce même génie , devenu par I. ^

Xiv ESSAI SUR LA VIE ET LE GÉNIE

degrés plus tempéré , continue d'animer tout ce qu'il enfante, mais n'en indique *pas moins que son déclin approche , ainsi que ce même soleil , qui , en perdant son extrême ardeur, ne dore pas moins de ses feux l'hémisphère de son couchant.

Le lecteur me prévient , sans doute , eH fixant ces trois époques du génie de notre auteur, à celles où parurent Joseph Andrews , Tom Jones et Amélie.

Joseph Andrews , ainsi que la préface nous l'apprend, ne dut son être qu'à l'amour de M. Fielding pour Cervantes, et qu'au désir de l'imiter dans sa manière et même dans son style. La façon ingénieuse avec laquelle il a copié la gravité apparente , ainsi que la finesse du ridicule que l'Espagnol jette sur les ohjets qui en sont susceptibles , ne peut échapper dans l'Anglais à ceux qui connaissent à fond les deux auteurs. Mais , quelque bien fini que soit le caractère du ministre Adams, quelque singulier qu'il soit dans son genre, quelque comique et vraiment intéressant que soit en effet ce roman , et quelque rang qu'il tienne parmi le peu d'ouvrages d'invention dont se prévalent les Anglais, les gens de goût ne l'ont jusqu'ici regardé que comme le soleil levant du génie de M. Fielding.

C'est le succès de la Paméla , de M. Richard-

DE l'auteur anglais. XV

son *, qui probablement loi en a fourni l'idée. Joseph y est représenté comme le frère de cette aimable fille; il affiche les mêmes vertus et la même chasteté qui caractérisent la sœur. Mais, dans le plan de l'ouvrage, M. Fielding,eu égard à l'abondance de ses idées , s'était renfermé dans un cercle un peu trop étroit : l'action principale était en effet de trop peu d'importance pour comporter cette variété de caractères et d'événemens que le lecteur a droit d'attendre dans les productions de ce genre. Ce fut peu de temps après la publication de ce roman , que notre auteur livra au théâtre sa dernière comédie, the Wédding Dajr (le Jour des Noces), et dont le succès fut médiocre.

Le redoublement de ses infirmités , ainsi que de celles d'une épouse qu'il aimait tendrement, et qu'il perdit bientôt après; les dépenses d'un ménage assez considérable ; le peu qu'il retirait du barreau , du théâtre , et «urtout de son imprimeur, ne purent qu'ajouter de jour en jour à sa mélancolie, ainsi qu'à l'humeur qui le dominait, au point que sesamis tremblèrent plus d'une fois pour sa raison. La philosophie cependant reprit sur lui ses droits, et ,en le raidissant contre la mauvaise fortune , le fit associer au travail d'un oi^vrage périodique, intitulé le

' Auteur de Clarisse et de Grandisson,

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