‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 7 sur 170 · XVJ ESSAI SUR LA VIE ET LE GENIE · texte numérisé non relu

XVJ ESSAI SUR LA VIE ET LE GENIE

Frai Patriote, et dont l'objet était d'affermir les Anglais contre les insinuations des partisans du prince Edouard. M. Fielding s'y livra avec d'autant plus d'ardeur, qu'un semblable projet, et dans les mêmes circonstances , avait été cidevant exécuté ^ par le célèbre Âddisson, qui depuis était parvenu au ministère.

Mais , quel que fut le succès de l'ouvrage , il ne se vit pas moins forcé d'accepter un office qui, quelque bien qu'il puisse être exercé, a très-rarement droit de plaire à la populace ; c'est-à-dire celui de. juge de paix * pour le comté de Midlesex , etc. Il s'y distingua cependant ; et l'on voit , par plusieui*s de ses ouvrages relatifs aux fonctions de son état, que notre auteur était digne de les remplir.

Ce fut parmi tous les devoirs de cet offîce , que spn imagination , incapable d'être asservie, lui suggéra l'idée de son Tom Jones; et c'est ici , dit M. Murphy, qu'on doit fixer la véritable époque du génie de M. Fielding; c'est-à-dire au moment où toutes les facultés de l'auteur étaient parfaitement à l'unisson , et semblaient concourir à la fois pour lui faire produire ce qu'on appelle un ouvrage complet. Car, si nous considé-

• En 1715.

^ Les fonctions de cet office sont à peu près les mêmes que celles de nos commissaires de quartier.

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rons ce roman du même point de vue d*où sont partis les plus renommés critiques pour examiner riliade, l'Enéide et le Paradis perdu, surtout eu égard à la fable, ai^x mœurs, aux sentlmens et au style; nous le trouverons en état de> soutenir non-seulement le plus rigoureux examen , mais d'être regardé comme Fou- Yrage du plus agréable et du plus vrai génie. On trouve, en effet, dans l'action, cette unité si justement vantée dans les grands modèles : elle roule sur un seul événement , d'où naissent un grand nombre de circonstances et d'incidens subordonnés, qui , dans la marche de l'ouvrage, forment un tissu dont les fils conduisent l'imagination du lecteur à travers une immense variété de scènes toujours faites pour piquer sa curiosité, jusqu'au moment où les obstacles apparens disparaissent par degrés, et se simplifient avec la même aisance qui les avait fait naître, pour concourir, par différens moyens, à ce vif intérêt qui fait toujours le succès d'un ouvrage. ÇTest par cet ingénieux artifice que notre auteur est parvenu à nous prouver la perfection de son plan; perfection qui, suivant nos meilleurs auteurs , consiste à imaginer des incidens qui semblent faits pour nuire à la catastrophe , ou pour la suspendre, et dont l'effet soit pourtant de l'accélérer, et de la rendre si çromçte

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et si nécessaire, que le moindre retardement eût pu nuire à sa vraisemblance. On peut ajouter à ceci qu'aucune fable , soit dans sa contexture , soit dans ses suspensions et seâ incldens imprévus , soit enfin dans les découvertes subites, souvent embarrassantes, mais toujours tendant à la catastrophe ; on peut ajouter, disje , que jamais différens chemins , quoique toujours en apparence éloignés de leur but, ne menèrent plus agréablement le voyageur à celui qu'il brûlait d'atteindre.

Quant à l'exécution de ce plan, aussi régulier qu'uniforme, quelle variété d'images aussi naturelles que singulières, et de caractères trèsfortement frappés chacun dans son espèce , et tous tendant au même but! caractères que l'on connaît , ou que l'on croit connaître, qu'on imagine voir agir, et que, sans nuire à l'intérêt de son roman , l'auteur a trouvé le seèret d'incorporer dans son action principale ! Si l'on entrait à fond dans ce détail , on conviendrait peut-être que jamais auteur n'en introduisit autant dans un ouvrage , n'a mieux développé leurs différentes façons d'être et d'agir, ni ne sut les placer dans des positions moins uniformes. Alworthjr est le plus touchant et le plus gracieux portrait d'un homme né pour faire honneur à son espèce : c'est dans son propre cœur qu'il trouve toujours

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le désîr de faire le bien d'une façon aussi franche que noble y et dans son jugement qu'il puise la conduite nécessaire pour faire , avec intelligence et discrétion, tout ce que lui inspire de généreux sa bonté naturelle. Rien n'est plus yrai , plus réellement amusant que le bonhomme Western : ses façons rustiques, son caractère volontaire, sa probité, ses demi-connaissances, le grossier amour-propre dont elles sont accompagnées, son aversion naturelle pour les lords et pour les raisonnemens politiques, sont dessinés avec autant de précision que d'agrément. Les sœurs de ces deux gentilshommes entrent naturellement en scène, et en produisent d'aussi agréables qu'intéressantes. Tom Jones sera dans tous les temps une leçon aussi amusante qu'utile pour un jeune homme qui , avec des dispositions pour les vertus, cède à l'impétuosité des passions qui les détruisent. Tuakum et Square sont excellemment opposés l'un à l'autre ; le premier est la vivante image de ces illuminés qui, sans attention pour la partie morale de leur caractère, ne parlent qu'avec ostentation de la religion et de la grâce ; l'autre est un portrait, aussi fortement que ridiculement dessiné , de ceux qui , avec de trop hautes idées de la dignité de leur être, ainsi que de la beauté naturelle de la vertu , se croient dispensés de rien devoir à la religion y et même

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