‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 62 sur 170 · LIVRE III, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VII

worlhy; mais quant à ce bourreau, je ne lui répondrai jamais que par cet organe (en montrant un bâton à côté du lit), dont j'espère bientôt être en état de me servir pour le récompenser de ce je lui dois.

M. Alworthy, aussi surpris qu'indigné de cet emportement, menace Tom de toute sa colère s'U s'avisait jamais de s'échapper ainsi.

Jones, moins effrayé que pénétré du repentir d'avoir offensé son bienfaiteur, embrasse de nouveau ses genoux en s'écriant :

Ah, Monsieur! qui dans l'univers vous aime et vous révère autant que moi ? Puis-je ignorer tout ce que je dois au plus généreux des hommes ? Ne serais-je pas détestable à mes yeux même si je pouvais me croire ingrat ?

J'aimais, je chérissais le présent que j'ai reçu de vous; j'ai gémi mille fois d'être obligé de m'en défaire ; rien au monde que le besoin

le plus pressant n'aurait pu m'y forcer

Vous-même... oui, vous-même eussiez commis ce crime, si tant est que c'en soit un, je connais trop la sensibilité de votre cœur. Ah ! que n'aurait-il pas éprouvé, mon cher

^4 TOM JOITES.

maître, si, témoin de l'état déplorable de ces pauvres enfans , et s'accusant d'avoir causé leur infortune...

De quels enfans entendez- vous parler?

interrompit M. Alworthy tout ému. Quelle est donc cette énigme ?

Hélas ! Monsieur, de ceux de votre malheureux garde-chasse. Depuis que George a eu le malheur de vous déplaire, sa nombreuse et triste famille périt de faim, de froid et de misère : je n'ai pu supporter plus longtemps le spectacle affreux de leurs souffrancjBs... C'est pour les soulager, c'est pour les faire vivre , que j'ai osé me défaire du cher présent que je tenais de vos bontés...

c'est pour eux que je l'ai vendu : il ne m'en reste rien.

Pendant cette confession , que l'éloquence du sentiment rendait attendrissante , M. Alworthy était demeuré immobile, et les yeux baignés de larmes. Il se remit enfin ; et renvoya Tom, après quelques tendres reproches, en l'exhortant à ne s'adresser désormais qu'à lui-même lorsqu'il serait question de soulager les malheureux.

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