LIVRE IV, -CHAPITRE I. Io
eùt-il l'oiseau dans sa main , qu'après avoir dénoué le ruban attaché au pied du petit animal , le cruel Blifil le lâcha tout à coup dans les airs.
Sophie, aussi surprise qu'affligée, fit un cri perçant qui attira bientôt Tom Jones.
Son premier mouvement fut d'insulter Blifil; le seconçl de se débarrasser de son habit, et de grimper sur l'arbre où l'oiseau s était réfugié.
Il était même sur le point de le rattraper, lorsque la branche, qui s'étendait sur un canal assez profond , vint à se rompre, et le laissa tomber dans l'eau.
L'inquiétude de Sophie alors changea d'objet : le danger que courait Tom la fit crier dix fois plus fort qu'auparavant : et Blifil même eut presque assez d'hunaanité pour feindre de la seconder.
La compagnie , qui n'était pas éloignée, arriva dans l'instant même où le pauvre Tom, après s'être long-temps débattu,^ atteignait le rivage. Tuakum, à cet aspect, débuta par entrer en fureur; mais il fut retenu par M. Alworthy, qui demanda à Blifil
ce qui pouvait avoir occasioné cet accident
Blifil avoua sans balancer ce qu'il avait fait, en s'excusant sur ce que, par la loi naturelle, toute créature vivante avait droit à la liberté; qu'il n'aurait jamais imaginé que mademoiselle Sophie put être si sensible à une si légère perte; et qu'il était d'autant plus fâché de l'avoir exposée à ce chagrin, que le petit oiseau, au moment de la chute de Jones, après avoir volé sur un autre arbre « était tombé dans les griffes d'un épervier.
Sophie, dont l'accident de Jones avait attiré toute l'attention, en apprenant la malheureuse fin de son oiseau, versa beaucoup de larmes, et se retira dans sa chambre, en protestant qu'elle n'en aurait jamais d'autres. Les deux jeunes gens furent renvoyés au château, et les gens raisonnables retournèrent à leur bouteille, où Tuakum et Square, en louant également l'action de Blifil (quoique très-peu du goût de MM. Alworthy et Western) prétendirent en attribuer la gloire aux différens principes de
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!;ion et de vertu qu'ils aTnient inspirés ur disciple.
elle Alt la conclusion de l'aventure de eau, que nons n'avons pu nous dispenle raconter, quoique arrivée quelques ■.es avant l'époque où notre histoire est itenant parvenue.
îo8 TOM iOSES.
CRAPITRE II.
Matière acconunodée à tons les goûu.
Parva levés capiunt aniifios : peU de chose gagne un cœur tendre; c'était le sentiment d'Ovide, de ce grand maître en fait d'amour.
Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'à dater de ce jour même Sophie se sentit autant de penchant' pour Jones que d'éloignement pour Blifil; et que plus d'une rencontre de ce genre 9 arrivées depuis de temps à autres, et que la différence du caractère de nosdeia condisciples doivent faire présumer au led< teur, ne servirent qu'à fortifier les sentimei^ de la jeune Sophie. i
Quel que fiit son peu d'expérience, ef réfléchissait assez pour apercevoir que T< tout léger, tout dissipé, tout polisson (l chons le mot) qu'il semblait être, n'aj d'autre ennemi que lui-même; tandb M. Blifll, quoique prudent, discret el rieux, n'avait d'autre intérêt en vue: