IJVRE IV, CHAPITRE II. IO
celui d*un seul : et quel était ce seul? C'est une énigme aisée à deviner.
Depuis trois ans que Sophie était sous la tutelle de sa tante, elle avait peu vu nos deux jeunes gens. Elle avait pourtant im jour dîné avec cette même tante chez M. Alworthy; et c'était précisément quelques jours après l'aventure du garde-chasse, et de la perdrix tuée en contrebande. L'action généreuse de Tom avait été racontée par M. Alworthy; Sophie n'en avait pas perdu une syllabe, et la tante même n'en avait pu tirer une seule de sa nièce que sur ce sujet, à leur retour au château de M. Western.
Mais la femme de chambre de Sophie lut ayant demoiiM, .en la déshabillant, des nouvelles de M. Blifil : Ne me parlez point de cet homme (répondit Sophie avec vivacité); j« hais autant son nom que je déteste tout ce qui tient de ^a bassesse et de la perfidie. Je ne conçois pas même que M. Alworlhy ait permis qu'un pédant barbare ait si cruellement puni le pauvre Tom pour une action qui ne part que de l'extrême bonté de son
caractère.
IIO TOM JONES.
Au retour de Sopkie chez son père , il lui avait confié le gouvernenent de ]a maison, et l'ayait fait asseoir au haut bout de la table, où Tom (qui, par ses talens pour k chasse, était devenu le plus cher favori de M. Western) dînait presque journellement.
Les caractères francs et vifs sont ordinairement galans; et la galanterie, lors^ qu'elle part d'un bon fonds, tel qu était réellement celui* de Jones, rend bientôt un jeune homme attentif, obligeant, et presque toujours complaisant pour les femmes.
Tom, par cet endroit seul, se faisait heureusement distinguer parmi la. foule des gentilshommes du voisinage <|i4iVDéquentaient chez M. Western. Aussi, à peiûe avait-il atteint dix-neuf ans, que Tom avait acquis, parmi les dames du canton, la réputation d'un très-aimable cavalier. Il ne marquait pourtant rien en particulier pour Sophie , que plus de respect peut-être que pour toute autre femme : il croyait devoir cette espèce de di»dnction à sa beauté, à sa fortune, et à toutes les qualités aimables qui la ren-