‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 100 sur 140 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

avait entendu faire un grand éloge de moi , de mon savoir et de mon esprit, qui était infiniment supérieur à celui de toutes les autres jeunes filles du village, du moins c'est ainsi qu'elle eut la bouté de s'exprimer. Elle m'ordonna en conséquence de venir la voir au château, où, quand j'étais auprès d'elle, elle m'employait à lui faire la lecture. Elle me montra beaucoup de bonté, et me combla de présents; enfin, elle me fit un jour un discours assez long sur l'importance qu'il y avait de savoir bien garder un secret. Je lui fis à cela des réponses si satisfaisantes, qu'après avoir fermé la porte de sa chambre, elle m'emmena dans son cabinet, el après en avoir aussi fermé la porte , elle me dit qu'elle voulait me convaincre de la confiance absolue quielte avait dans mon honnêteté, en me communiquant un secret d'où dépendait son honneur, et conséquemment sa vie. Elle s'arrêta alors , et après un silence de quelques minutes, pendant lequel elle essuya souvent ses veux, elle me demanda si je croyais qu'on pût entièrement se fier à nia mère. Je lui répondis que je pouvais ré-

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poudre de sa fidélité. Elle me confia alors le grand secret qui l'oppressait, et qui, je crois, lui causa plus de douleurs à mettre au jour qu'elle n'en souffrit ensuite en accouchant. Il fut convenu alors que ma mère et moi nous serions les seules personnes qui rapprocheraient à cette époque, et que mistress Wiikins serait envoyée , comme elle le fut en effet, dans le fond du Dorsetshire, pour prendre des informations sur une femme de chambre; car miss Bridget avait renvoyé la sienne près de trois mois auparavant. Pendant ce temps, je restai auprès d'elle à l'essai; c'était l'expression dont elle se servait, quoiqu'elle eût déclaré depuis que je n'étais pas assez adroite pour les fonctions dont elle m'avait chargée : ce qu'elle avait l'habitude de répéter eu temps el lieu, ainsi que beaucoup d'autres choses, pour prévenir les soupçons que Wiikins pourrait concevoir parla suite, quand je viendrais à avouer l'enfant; car, pensait-elle, on ne pourrait jamais croire qu'elle se hasardât à ofl'enser une jeune fille à qui elle avait confié un pareil secret. Tous pouvez être assuré ,

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monsieur, que je fus bien payée pour tous ces aflionts, que j'endurai d'autant plus patiemment que j'en connaissais bien la cause. La vérité est que la dame craignait plus mistress Wilkins que toute autre personne; non qu'elle eût la moindre aversion pour elle, mais elle la jugeait incapable de garder un secret, surtout vis-à-vis de vous, monsieur; car j'ai souvent entendu dire à miss Bridget que si mistress Wilkins commettait jamais mi meurtre, elle ne doutait pas qu'elle ne vous eu instruisît. Enfin le jour arriva où mistress Wilkins fut éloignée; il y avait huit jours qu'elle était prête à pwtir, mais son départ avait été retardé de jour en jour, sous différents prétextes, afin qu'elle ne fût pas trop tôt de retour. L'enfant vint alors au monde, en ma présence et celle de ma mère, qui l'emporta à sa m.aison, où il fut gardé secrètement jusqu'au soir de votre arrivée ; et ce soir-là , par Toidre de miss Bridget, je le déposai dans le lit où vous le trouvâtes. Tous les soupçons qui ont pu s'élever par la suite ont été détournés par la conduite adroite de votre sœur, qui affectait d'être mal

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disposée pour l'enfaut, et prétendait ne lui montrer quelques égards que par condescendance pour vous. »

Mistress Waters protesta alors miHe fois de la vérité de son récit, et conclut en disant : « Ainsi, monsieur, vous avez enfin découvert votre neveu; car je suis sure que vous le regarderez doi'ériavant comme tel; et je ne doute pas que sous ce titre il ne devienne à la l'ois pour vous un honneur et une consolation. »

« Je n'ai pas besoin, madame, de vous exprimer mon étonnement de ce que vous venez de me dire; et cependant vous n'auriez pas voulu, vous nauriez pas pu réunir autant de circonstances pour appjiyer un mensonge. Je me souviens, je l'avoue, de quelques-unes relatives à ce Summer, qui me donnèrent autrefois l'idée (jue ma sœur avait du penchant pour lui. Je lui en parlai à elle-même; car je faisais un si grand cas de ce jeune liomme , tant à cause de lui qua cause de son père, que j'aurais volontiers consenti à ce mariage : mais elle repoussa avec le plus grand mépris mes soupçons désobligeants; c'est ainsi qu'elle les appelait, en sorte

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