‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 105 sur 140 · LIVRE XVriI. 25(J · texte numérisé non relu

LIVRE XVriI. 25(J

aujourd'hui le loisir d'enleiidre toute mon histoire; mais ce que je puis vous assurer, c'est que j'ai été trompée par les promesses de mariage les plus solennelles, je dirai plus, j'ai été mariée à la face du ciel. Car, après avoir lu beaucoup de livres sur ce sujet, je suis convaincue que les cérémonies particulières ne sont requises que pour donner une sanction légale au mariage, et ne servent qu'à garantir les avantages civils à une femme mariée. Mais celle qui vit constamment avec un homme après une union qui n'en est pas moins solennelle pour avoir été secrète, quelque nom que le monde puisse lui donner, a peu de chose à se reprocher dans le fond de sa conscience. — Je suis fâché, madanje, dit Allworthy, que vous ayez fait un si mauvais usage de votre instruction. Il eut été heureux pour vous ou d'en avoir acquis davantage, ou d'être restée dans un état de complète ignorance ; et cependant, madame , je crains que vous n'ayez encore d'autres fautes à vous reprocher. — Pendant sa vie qui dura plus de douze ans, jepuisvousaltester solennellement, répondit-elle, que je n'en ai

afio TOM JOWES,

point commis d'auire ; et considérez, monsieur, puisque cela est en ma faveur, ce que peut une femme perdue de réputation et dénuée de tout moyeu de subsistance. Croyez -vous que le monde ait assez de bienveillance pour laisser rentrer dans le chemin de la vertu une brebis égarée comme je Tétais, quelque désir qu'elle puisse en avoir? Je vous assure donc que c'est cette route que j'eusse choisie, si cela eût été en mon pouvoir ; mais la nécessité me jeta dans les bras du capitaine Waters, avec leqnel, quoique non mariée , je vécus plusieurs années comme sa femme, et portant son nom. Je me séparai de lui à Worcester, comme il se mettait en marche contre les rebelles, et ce fut alors que le hasard me fit rencontrer M. Jones, qui me sauva des mains d'un scélérat. En vérité, ce jeune homme est le plus digne des hommes. Je ne crois pas qu'il y ait des jeunes gens dans ce siècle qui aient moins de vices, et il y en a peu qui aient la vingtième partie de ses vertus. Je dis plus, quelles que soient les fautes dont il s'est rendu coupable, je suis fermement persuadée qu'il a pris la résolution de

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