LIVRE XVIII. 2 S
montra autant d'empressement à unir Sophie à Jones, qu'il en avait montré précédemment à la marier avec Blifil.
Ici M. Allworthy fut encore obligé de l'interrompre, et de lui raconter ce qui s'était passé entre Sophie et lui , ce dont il témoigna beaucoup de surprise.
Western garda un moment le silence, tant ce récit l'avait frappé d'étonnement. A la fin il s'écria : « Que veut dire ceci, voisin Allworthy ? elle était folle de lui, j'en jurerais. Mort et diable ! j'ai bien visé : aussi sûr qu'avec un fusil, j'ai attrapé le point juste. Tout cela vient de ma sœur ; la petite fille a pris feu pour ce bâtard de lord ; je les ai trouvés ensemble chez ma cousine lady Bellaston ; il lui a tourné la tête, cela est certain : mais Dieu me damne s'il l'épouse; je ne veux ni lords, ni courtisans dans ma famille.»
M. Alhvorlhy fil un long discours, dans lequel il répéta la résolution où il était d'éviter toutes mesures violentes, et recommanda trèssérieusement à M. Western tous les moyens doux, comme les seuls qui pussent lui faire
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espérer de réussir avec sa fille. Il se retira alors,et retourna chez mistress Miller; mais il fut forcé de céder aux vives instances de M. Western, et de lui promettre de lui amener Jones dans l'après-midi, afin, dit-il, qu'il pût terminer tous ses différents avec lui. Comme M. Allworthy sortait, Western lui promit de suivre ses avis, relativement à sa conduite avec Sophie. « Je ne sais comment cela se fait, lui dit-il, mais Dieu me damne, Allworthy, si vous ne me faites pas toujours faire tout ce que vous voulez, et cependant j'ai une terre qui vaut bien la vôtre, et je suis juge de paix tout aussi bien que vous. »