‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 128 sur 140 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Qui approche encore plus de la conclusion.

Quand Jones fut babillé, il accompagna son oncle cbez M, Western ; il avait, il faut en convenir, une des plus cbarmautes figures qu'on eut jamais vues, et sa personne était bien faite pour séduire le sexe : mais cette bistoire a dû faire voir que la nature , en le formant , ne s'était pas tenue , ce qui lui arrive quelquefois , à ce seul genre de mérite , pour donner du prix à son ouvrage.

Sopbie qui, malgré sa colère, n'en avait pas mis moins de soin à sa toilette pour paraître avec le plus d'avantage possible , soin que je laisse à expliquer à celles de son sexe qui me font rhonneiu" de me lire, était

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si belle, qu'Allworthy lui-même, eu la voyant, ne put s'empêcher de dire tout bas à Western (piïl la regardait comme la plus charmante personne du monde ; à quoi le Squire répondit aussi tout bas, mais de manière à être entendu de tous ceux qui étaient présents: « Tant mieux pour Tom ; car que je sois damné, si tous ces charmes-là ne sont pas pour lui. « Sophie devint extrêmement rouge à ces mots, tandis que Jones pâlissait et était près de s'évanouir sur sa chaise.

A peine eut- on retiré la table à thé, que Western entraîna Allworthy hors de la chambre, en lui disant qu'il avait une affaire de la plus grande conséquence à lui communiquer, et qu'il fallait absolument qu'il lui en parlât sur - le -champ en particulier, de peur qu'il ne l'oubliât.

Les amants se trouvèrent aloi-s seuls , et je ne doute pas qu'il ne paraisse étrange à beaucoup de lecteurs, que des gens qui avaient tant de choses à se dire , quaud le danger accompagnait leurs plus innocentes entrevues, et qui semblaient si empressés de voler dans

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les bras l'un Je l'antre, quand il y avait tant d'obstacles dans leur chemin , aujourd'hui qu'ils pouvaient en toute sûreté, et en toute liberté, dire ou faire tout ce qui leur plaisait, restassent tous deux pendant quelque temps muets et immobiles : au point qu'un étranger d'une médiocre sagacité aurait fort bien pu en conclure qu'ils étaient indifférents l'un pour l'autre. Mais enfin la chose fut ainsi , quelque étrange qu'elle puisse paraître. Tous deux s'assirent, les yeux baissés vers la terre, et gardèrent le silence pendant plusieurs minutes.

Durant cet intervalle, M. Jones essaya une fois ou deux de parler , mais il ne put y parvenir, bégayant seulement , ou plutôt soupirant quelques mots mal articulés. Enfin, Sophie, en partie par pitié pour lui, en partie pour détourner la conversation du sujet qu'elle ne voyait que trop bien qu'il voulait entamer, lui dit : « Assurément, monsieur, la découverte qui vient d'être faite doit vous avoir rendu l'homme le plus heureux du monde. — Et pouvez - vous réellement, madame, me

croire heureux , dit Jones eu soupirant, lors- (jue j'ai eu le malheur d'encourir votre disgrace ? — Quant à cela , monsieur , vous pouvez, mieux que tout autre, savoir si vous l'avez méritée. — Ah! madame, vous connaissez aussi bien que moi tout ce qui m'a fait démériter auprès de vous; mistress Miller vous a instruite de toute la vérité. O ma Sophie! ne dois-je donc jamais espérer de pardon? — Je crois, M. Jones, que je pourrais presque m'en rapportera votre propre cœur, et vous laisser vous - même prononcer sur votre conduite.— Hélas! madame, c'est de la pitié et non de la justice que j'implore de vous. La justice, je le sais, doit me condamner, non cependant pour la lettre que j'ai adressée à lady Bellaston; je dois vous déclarer solennellement que ce qu'on vous en a dit est la plus exacte vérité. » Il insista alors beaucoup sur l'assurance à lui donnée par Nightingale de lui fournir un prétexte honnête de rompre avec milady, si, contre son attente, elle avait accepté la proposition. Mais il avoua qu'il avait commis une grande imprudence en menant

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