‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 24 sur 140 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

1er un peu longtemps sans la plus grande peine. Je retournerais doue, a.veCla plus vive impatience, pour m'informer de ce qui est arrivé à cette aimable personne depuis son départ de chez son père, si je n'étais obligé de faire auparavant une petite visite à M. Blifil.

M. Western , dans les premiers moments de trouble où l'avaient jeté les nouvelles soudaines qu'il venait de recevoir de sa fdle, et dans la précipitation qu'il avait mise à courir après elle , n'avait pas eu une seule fois la pensée d'envoyer instruire Blifil de celte découverte. Cependant il n'y avait pas long-temps qu'il était en route lorsqu'il se le rappela. Il s'arrêta donc à la première auberge , et dépêcha un courrier à Blifil, pour l'informer qu'il avait retrouvé Sophie , et lui faire part de la ferme résolution où il était de la lui faire épouser sur-le-champ, s'il voulait le suivre à Londres.

Comme l'amour que Blifil avait pour Sophie était de cette nature violente que rien ne pouvait diminuer, sinon la perte de sa fortune, ou quelque autre accident aussi grave , son

inclination pour ce mariage ne fut point du tout changée par sa fuite, quoiqu'il fût obligé, en conscience, de penser qu'il eu était la cause. Il accepta donc cette proposition de tout sou cœur, d'autant plus qu'en épousant cette jeune personne, outre le penchant qu'il avait à l'avarice, il entrevoyait la satisfaction d'une autre passion très-forte : celle de la haine. Car il était persuadé que le mariage pouvait servir à satisfaire la haine comme l'amour. Cette opinion était probablement appuyée sur une longue expérience. A dire vrai, s'il faut en juger par la conduite que les personnes mariées tiennent les unes enversles autres, nous serons peut-être portés à en conclure , qu'en mettant tout en communauté excepté leurs cœurs, le plus grand nombre ne cherche qu'à satisfaire celle de ces deux passions que nous avons nommée la première.

Bliûl trouva cependant une difficulté dans son chemin, et elle provenait de M. Alhvorthy. Cet excellent homme ne fut pas plus tôt instruit du départ de Sophie, dont on n'avait pu ui lui cacher ni lui dissimuler la cause, que

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