‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 25 sur 140 · LIVRE xvr · texte numérisé non relu

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voyant la forte aversion qu'elle ressentait pour son neveu, il commença à se dire très-sérieusement qu'il avait été trompé, lorsqu'on l'avait engagé à pousser les choses si loin. Il ne pensait point comme ceux qui regardent comme tout aussi peu important de consulter les inclinations de leurs enfants en fait de bonheur conjugal , que de solliciter l'approbation de leurs gens , quand ils veulent faire un voyage. Regardant , au contraire , cette institution comme une des plus sacrées, et pensant qu'il fallait user de toutes les précautions possibles pour la conserver sainte et inviolable, il en concluait très-sagement, que le plus sûr moyen d'y parvenir était de la fonder sur une affection préalable.

Blifil ne tarda pas à calmer la colère que son oncle ressentait d'avoir été trompé par lui ; il lui protesta et lui jura mille fois qu'il avait été trompé lui-même, ce qui se rapportait parfaitement avec toutes les déclarations de Western. L'important était d'engager M. Allworthy à consentir qu'il renouvelât la demande qu'il avait faite ; et la seule idée de cette difficulté

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eut suffi pour en détourner un génie moins entreprenant que Blifil : mais ce jeune homme avait tellement la conscience de ses talents , qu'en fait d'adresse et de dissimulation , rien ne lui paraissait difficile à exécuter.

Il représenta donc à M. Alhvorthy la violence de sa passion , et l'espoir qu'il avait de vaincre par sa persévérance l'éloignement de la jeune personne ; il le pria de permettre que , dans une affaire d'où dépendait tout son bonheur, i! pût au moins avoir la liberté de tenter tous les moyens honnêtes de succès. <' Le ciel me préserve , dit-il , de penser jamais à en employer d'autres que ceux de la conciliation ! D'ailleurs, monsieur, ajouta-t-il, s'ils échouent, vous pourrez alors, et il en sera encore temps, me refuser votre consentement. » Il insista sur le vif désir que M. Western avait de conclure ce mariage ; et enfin , il fit un grand usage du nom de Jones, à qui il imputait tout ce qui s'était passé, et auquel, dit-il encore, c'était même un acte de charité, d'arracher une jeune personne d'un mérite aussi distingué.

Tous ces arguments furent hal)ilement

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secondés par Thwackiim , qui appuya même un peu plus fortemeut que M. Bliiil sur l'autorité des parents. Il attribua toutes les intentions de M. Blifil à des vues chrétiennes. «Quoique ce bon jeune homme ait présenté la charité comme son moindre motif, ajouta-t-il, je suis persuadé que c'est sa première et principale considération. »

Square, s'il eût été présent, aurait probablement chanté sur le même ton, quoique sur une clef différente, et aurait découvert dans ce procédé une grande convenance morale ; mais il était alors à Bath , pour le rétablissement de sa santé.

M. AUworlhy céda enfin aux désirs de son neveu, quoique avec répugnance. Il lui dit qu'il l'accompagnerait à Londres , où il aurait la liberté d'employer tous les moyens honnêtes pour réussir auprès de Sophie. « Mais je déclare, ajouta-t-il, que je ne consentirai jamais à ce que la violence soit employée pour forcer ses inclinations. »

Ainsi, par affection pour son neveu, l'esprit supérieur de M. AlUvorthy se laissa vaincre

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par lui; et c'est ainsi que la prudence de la meilleure des têtes est souvent rendue inutile par la tendresse du meilleur des cœurs.

Ayant obtenu de son oncle ce consentement inespéré , Bliûl n'eut plus de repos qu'il n'eût mis son projet à e\écution. Comme aucune affaire pressante n'exigeait la présence de M. Ail worthy à la campagne, que d'ailleurs des hommes n'ont pas besoin de beaucoup de préparatifs pour se mettre en route, ils partirent dès le lendemain , et arrivèrent à Londres le soir même où M. Jones, comme nous l'avons vu , se divertissait avec Partridge au spectacle.

Le lendemain de son arrivée , M. Blilil alla le matin chez M. Western, par qui il fut reçu cordialement, avec toutes les assurances possibles ( plus que possibles peut-être ) qu'il serait bientôt, comme époux de Sophie, aussi heureux qu'il pourrait l'être. Le Squire ne voulut pas le laisser retourner vers son oncle, qu'il ne l'eût mené, presque malgré lui, chez sa sœur.

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