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<« Vous pouvez dire à mylord que j'ai affaire, et que je ne peux pas m'y trouver. Je suis assez occupé à veiller sur ce qui se passe chez moi, et je ne peux sortir. »
« Assurément, monsieur, vous êtes trop bien né pour vouloir que je me charge d'un pareil message; vous ne voudriez pas, j'en suis couvaincu, qu'on pût dire de vous qu'après avoir insulté un des pairs les plus distingués d'Angleterre, vous lui ayez refusé satisfaction. Mylord aurait voulu, par égard pour la jeune personne, que l'affaire eût pu s'arranger d'une autre mauière; mais à moins qu'il ne doive vous regarder comme un père , il ne souffrira pas l'injure dont vous l'avez menacé. »
« Menacé ! dit le Squire ; moi ! c'est un mensonge iufernal ; je ne l'ai menacé de rien. »
A ces mots, l'officier répondit par une trèscourte remontrance verbale, qu'il accompagna en même temps d'une remontrance manuelle qui ne fut pas plus tôt parvenue aux oreilles du Squire , qu'il se mit à sauter très-lestement autour de la chambre, en criant comme s'il eût voulu rassembler un plus grand nombre
de spectateurs pour être témoins de son agilité.
Le curé, qui avait laissé la bouteille encore à-peu-près pleine , ne s'était pas beaucoup éloigné. Il accourut donc aussitôt aux cris de son patron, eu s'écriant : « Bonté du ciel ! monsieur, qu'avez-vous donc? — Ce que j'ai! reprit le Squire, voilà, je crois, un voleur de grand chemin, qui veut me voler et m'assassiner, car il est tombé sur moi avec cette canne à la main, et je veux être damné si je l'ai provoqué le moins du monde. »
« Comment! monsieur, dit le capitaine, ne m'avez-vous pas dit que je mentais? »
«Non, répondit M. Western, non, sur le salut de mon ame;je crois bien que j'ai pu dire que c'était un mensonge que j'eusse menacé mylord, mais je n'ai jamais dit le mot vous mentez. Je me respecte trop , et si vous vous étiez respecté vous-même davantage, vous ne seriez pas ainsi tombé sur un homme sans défense. •• Puis s'échauffant davantage , le Squire ajouta : « Si j'avais eu une canne à la main, tu n'aurais pas osé me frapper; je l'au-
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rais brisé fa figure de lanterne. Descends avec moi dans la cour; viens te mesurer au bâton avec moi, et échanger quelques coups de poing dans le ventre: mais tu n'es pas un homme, pas même la moitié d'un homme, j'en suis sûr. » Le capitaine répliqua avec dédain : « Je vois, monsieur, que vous êtes indigne de ma colère , et j'informerai mylord que vous êtes
indigne de la sienne Je suis fâché de m'être
sali les mains en les portant sur vous; » et à ces mots, il se relira. Le ministre se mit au-devant de M. Western pour l'empêcher de l'arrêter, et il y réussit sans peine. Western, malgré les efforts qu'il semblait faire pour poursuivre le capitaine, ne paraissant pas désirer très-vivement d'exécuter cet acte de violence. Cependant le capitaine ne fut pas plus tôt sorti, que Western l'accabla de malédictions et de menaces; mais attendu qu'elles ne sortirent pas de sa bouche avant que le capitaine fût parvenu au bas de l'escalier, et que ses vociférations ne devinrent de plus en plus fortes qu'à mesure que le capitaine s'éloignait de plus en plus, elles n'atteignirent pas sou
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oreille, ou du moins ne l'arrètèrenl pas un instant.
Cependant la pauvre Sophie, qui, du fond de sa prison , avait entendu les cris de son père, frappa d'abord de toutes ses forces avec son pied , et se mit ensuite à crier aussi haut que sou père lui-même, quoique d'une voix beaucoup plus douce ; ses cris firent bientôt cesser ceux de M. Western, et lui firent tout oublier pour ne plus penser qu'à sa fille , qu'il aimait si tendrement, que, hors cette seule circonstance où il s'agissait du bonheur futur de sa vie entière, elle avait tout pouvoir sur lui.
Après avoir épuisé toute sa rage contre le capitaine , et juré qu'il en aurait justice, le Squire monta à l'appartement de Sophie, où il la trouva pâle et sans respiration. Cependant, aussitôt qu'elle vit son père, elle rassembla toutes ses forces , et lui saisissant la main , s'écria avec transport : « O mon père ! je suis presque morte de frayeur; au nom du ciel , j'espère qu'il ne vous est arrivé aucun mal. — Non, non, pas grand
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mal. Le scélérat ne ma pas fait beaucoup de mal , mais du diable si je ne le poursuis pas en justice. — Dites-moi , je vous prie , mon père , de quoi s'agit-il ? quel est celui qui vous a insulté ? — Je ne sais pas son nom ; c'est , je suppose , quelqu'un de ces officiers qu'il nous faut payer pour nous battre: oh! il me le paiera à son tour, si le scélérat a quelque chose, ce dont je doute fort. Tout bien vêtu qu'il était, je parierais qu'il n'a pas un pouce de terre dans le monde. — Mais , mon père , quelle était la cause de votre querelle ? — Pourrais-je en avoir d'autre que vous, Sophie? tous mes malheurs viennent de vous; vous finirez par causer la mort de votre pauvre père. Voilà le valet d'un lord, et Dieu sait quel lord! qui, parce que sou maître a du goût pour vous , et que je ne puis lui donner mon consentement , m'apporte un cartel de sa part. Allons, soyez une bonne fille, Sophie, et terminez les chagrins de votre père; allons, consentez à l'épouser. Il sera à Londres aujourd'hui ou demain : promettez-moi seulement
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de l'épouser à son arrivée , et vous me rendrez l'homme le plus heureux du monde, et je vous rendrai la femme la plus heureuse. Vous aurez les plus belles parures qui soient dans Londres , les plus riches joyaux, et un carrosse à six chevaux à vos ordres. J'ai déjà promis à AUworlhy de donner la moitié de mon bien.... Mais, par le diable, je donnerais, je crois, tout. — Mon papa sera-t-il assez bon pour m'entendre un moment ? — Tu me le demandes , Sophie , quand tu sais que j'aime encore mieux entendre ta voix que le concert de la meilleure meute de toute l'Angleterre, T'entendre , ma chère petite ! j'espère que je pourrai t'entendre aussi long-temps que je vivrai ; car si je devais jamais perdie ce plaisir , je ne donnerais pas un farthing pour vivre un moment de plus. Assurément, Sophie , vous ne savez pas à quel point je vous aime ; en vérité , vous ne le savez pas, ou vous ne vous seriez jamais enfuie, vous n'auriez pas abandonné votre pauvre père, qui n'a d'autre joie, d'autre consolation sur la terre que sa petite Sophie. » En parlant ainsi,