‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 46 sur 140 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

VOUS entendre parler ainsi ; et je dois vous dire , vous le prendrez comme vous voudrez, que je vous croyais plus de bon sons. »

Allworthy ne répondit à cette réflexion que par un sourire; et il n'aurait pas pu, quand même il eût fait tous ses efforts pour cela, mettre dans ce sourire le plus léger mélange de malice ou de mépris. Ses sourires en pareille circonstance étaient semblables à ceux que nous devons supposer aux anges , lorsqu'ils daignent laisser tomber leurs regards sur les folies du genre humain.

Blifil demanda alors la permission de parler. Il protesta qu'il élait loin de son intention d'user de violtînce. «Ma conscience, dit-il, mêle défendrait vis-à vis de qui que ce fût, et encore plus vis-à-vis d'une personne pour qui, quelque cruelle qu'elle soit à mon égard, je conserverai toujours Talfection la plus pure et la plus sincère. J'ai lu quelque part, cependant, que les femmes sont rarement capables de résister à la persévérance. Pourquoi ne puis-je donc pas espérer que je pourrai parvenir au moins par cette voie à gagner son cœur , dans lequel

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par la suite je ne trouverai peut-être plus de rival ? car, s'il n'y avait que ce lord . M, Western est assez bon pour me pi'éférer à lui; et sûrement, monsieur, vous ne nierez point qu'un père ait au moins une voix négative dans celle matière. J'ai de plus oui dire que cette jeune personne a déclaré plus d'une fois , qu'elle regardait comme inexcusables les enfants qui se mariaient en opposition directe à la volonté de leurs parents. D'ailleurs, quoique les dames de la famille semblent soutenir les prétentions de m} lord, je ne vois pas que la jeune personne soit portée à le favoriser le moins du monde. Hélas î je suis trop certain du contraire; il m'est trop démontré que le plus vil des hommes est encore celui qui occupe la première place dans son cœur. »

« Oui , oui , n'en douiez pas , » s'écria Western.

« Mais sûrement , dit Elilil , lorsqu'elle entendra parler de l'asasssinat qu'il a commis, (piand même la loi lui ferait grace de la vie... »

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« Comment ! que di tes- vous ! s'écria Wes" tern. Un assassinat ? A-t-il commis un assas- Muat ? Et y a-t-il quelque espérance de le voir pendu?., toi de roi, toi , toi, de roi...» Ici il se mit à chanter et à sauter autour de la chambre.

« Mon enfant, dit Allworthy, votre malheureuse passion m'afflige plus que je ne peux vous le dire. Je vous plains de tout mon cœur, et je ne négligerai aucun des moyens que la conscience avoue pour obtenir le succès de vos vœux. »

«< Je n'en demaude pas davantage, s'écria Blifil , je suis convaincu que mou cher oncle a trop bonne opinion de moi, pour croire que je désire qu'il en fasse davantage en ma faveur. »

« Eh bien ! dit M. Allworthy , je vous donne la permission de lui écrire, de la voir même , si elle y consent : mais j'insiste pour qu'on ne lui fasse aucune violence ; je ne veux point d'emprisonnement, ni que l'on tente rien de semblable. »

<« Bien , bien , dit Western , on ne tentera

rien de semblable. Nous essaieroDs encore quelque temps quel effet auront les moyens doux ; et si ce vaurien peut être seulement pendu par-dessus le marché... oh! alors, toi de roi ! toi de roi ! Je n'ai jamais reçu de meilleures nouvelles de ma vie. Je réponds à présent que tout ira à mon gré... Je vous en prie, cher Allworthy , venez dîner avec moi aux Colonnes-d'Hercule; j'ai commandé une épaule de moulon rôti, une côtelette de porc et une volaille avec une sauce aux œufs. Il n'y aura personne que nous , à moins que nous n'avons le désir d'avoir l'hôte; car j'ai envoyé le curé Supple chercher ma tabatière à Basingstoke , où je l'ai laissée dans une auberge, et je ne voudrais pas la perdre pour tout l'or du monde : car c'est une vieille connaissance de plus de vingt ans. Je peux vous dire, au surplus, que l'hôte est un drôle de corps, et qu'il vous divertira beaucoup. »

M. Allworthy céda à cette invitation , et bientôt après M. Western sortit en chanlaul et en sautant, dans l'espoir de voir incessamment la lin tragique du pauvre Jones.

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