‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 50 sur 140 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

j'en ai eu plusieurs, quoique je ne voulusse jamais consentir au mariage, et que je n'encourageasse jamais la moindre liberté : c'est une sotte coutume et à laquelle je n'ai jamais voulu m'assnjettir. Jamais homme n'a baisé que ma joue : c'est tout ce qu'on peut se permettre que de donner ses lèvres à baiser à un mari ; et quand j'aurais pu me laisser persuader de me marier, je crois, en vérité, qu'on ne m'aurait pas facilement amenée à endurer cette licence. — Vous m'excuserez, madame, si je vous fais une observation. Vous convenez que vous avez eu plusieurs adorateurs, et tout le monde le sait quand même vous le nieriez. Vous les avez tous refusés ; et je suis convaincue ({u'il y avait parmi eux au moins un homme titré. — Vous dites vrai , ma chère Sophie, il m'a été une fois oflert un titre. — Pourquoi donc ne me laissez -vous pas refuser celui-ci ? — Cela est vrai, mon enfant, j'ai refusé l'offre d'un titre : mais ce n'était pas une offre si brillante; je vous le répète, ce n'était pas une offre si brillante. — Oui, madame, mais il vous a été fait de tiès-belles

propositions de la part d'adorateurs extrêmement riches. Ce ne fut ni le premier, ni le second, ni le troisième mariage avantageux qui vous fut proposé. — Je l'avoue. — Eh bien! madame, ne puis- je pas espérer qu'il m'en sera proposé un second peut-être plus avantageux que celui-ci.-' Quoique vous ne soyez plus aussi jeune, je suis sûre que vous ne vous engageriez pas à couronner les vœux du premier adorateur qui vous offrirait une grande fortune et même un titre. Je suis une trèsjeune personne, moi , et assurément je ne dois pas désespérer. — Eh bien! ma chère, ma chère Sophie , que voulez-vous que je dise ? — Je vous demande uniquement de ne pas me laisser seule, au moins ce soir. Accordez-moi cela, et je me résigne, si vous le jugez convenable, après ce qui s'est passé, à le voir en votre présence. — Fort bien , je vous accorde cela, Sophie ; vous savez que je vous aime et ne puis rien vous refuser. Vous connaissez la facilité de mon caractère; je n'ai pas toujours été Ni facile : j'ai même passé autrefois pour cruelle aux yeux dos hommes, s'entend: on m'appe-

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